Casus Belli N° 78 - novembre 1993


Ce scénario, bien qu’il puisse être joué par des Anges de tous niveaux, a été conçu pour présenter, en un seul tour d’horizon, des aspects très différents du monde d’In Nomine Satanis/Magna Veritas. Une bonne initiation, donc, pour une équipe de personnages à qui vous voudriez donner un aperçu du background de « base » du jeu: sorciers, renégats, Démons; mais aussi un aperçu des différents caractères et aspects des Anges… De Notre-Dame de Paris à l’Angleterre, des vicissitudes de la Poste au Paraguay, tout pour vous prouver que Magna Veritas, ce n’est pas seulement un Ange de Laurent aux cheveux courts et une épée bénite…

Ah! oui, pour ceux qui se posent des questions: un Canopy, c’est la verrière qui saute quand on déclenche un siège éjectable…

Durée de jeu estimée: 4 séances (de 4 heures) minimum.

Nota bene : L’introduction, dans les sous-sols de Notre-Dame, est volontairement descriptive et détaillée. Il s’agit en effet, si vos personnages sont débutants, de leur premier contact avec l’administration angélique… une expérience bien particulière qu’il ne faut pas rater! Ne vous inquiétez pas, le reste de l’histoire reprend ensuite un rythme normal, c’est-à-dire plus rapide.

Les forces du Bien, c’est un grand tas de chouettes copains !

18 septembre 1993. Une lettre en vélin, avec un cachet de cire rouge orné d’une croix apparaît sur l’oreiller des personnages. Rendez-vous leur est donné le lendemain, à 9h30 à Notre-Dame de Paris, pour une évaluation de leur état physique et mental.
Notre-Dame, le lendemain matin. Des touristes japonais, des vendeurs de glaces, des guides. Rendez-vous où ? Avec qui ? Personne ne parait les attendre… Après quelques longues minutes d’errance, les personnages auront peut-être l’idée de montrer leurs lettres à un prêtre. Celui-ci, d’un air glacial, les fait passer par une petite porte marquée « Accès interdit ». Là, toujours sans commentaires, il leur demande, un par un, de s’agenouiller dans un confessionnal placé au milieu de la pièce. Puis il appuie sur un bouton. Le confessionnal, qui est en vérité un ascenseur, descend au sous-sol, où se trouve le Q.G. principal des forces du Bien en France.
Les sous-sols de Notre-Dame sont décrits dans Demonix Remix (Extension n°7) et dans la seconde édition du jeu (à paraître en novembre). Quelques grandes lignes cependant: imaginez, dans un décor de splendides caves voûtées, un dédale – nettement plus étendu que le surface même de Notre-Dame – de bureaux, d’ordinateurs, de salles d’archives, de salles d’armes, de dortoirs et de salles de télés, plus une cafétéria. Le coeur de l’administration des forces du Bien françaises est là, et plus de trois cents Anges ou humains au service du Bien y travaillent en permanence. On peut se perdre dans les couloirs, et certaines mauvaises langues disent même que la topographie change mystérieusement et que personne n’a jamais réussi à en faire un plan précis…
En sortant de l’ascenseur, les personnages devront trouver quelqu’un qui accepte de s’occuper d’eux: ce sera une petite blondinette préposée à l’accueil, qui était partie siroter un chocolat chaud à la cafét’ et qui sera de très mauvaise humeur d’être dérangée. Elle emmènera les personnages, ainsi que trois ou quatre autres Anges débutants aussi perdus qu’eux, dans une sorte d’infirmerie où ils passeront des tests de vue, de réflexes, de force… On leur demandera aussi d’essayer certains de leurs pouvoirs, et tant pis pour leurs points dépensés! Ensuite, comme l’heure du déjeuner approche, on les laissera en plan en leur demandant de ne pas sortir des sous-sols et de revenir dans une heure.
Profitez-en pour les faire fouiner dans les différents couloirs: qu’ils se fassent provoquer en duel dans une salle d’armes par un Ange de Michel qui veut tester le tranchant de sa hache, qu’ils évaluent d’un coup d’oeil les milliers de boites de documents d’archives, qu’ils soupèsent les dizaines de formulaires à remplir pour avoir un ordre de mission, qu’ils boivent une bière avec des Anges de Daniel en train de regarder un match du PSG…
Une heure plus tard, quelques tests leur seront encore infligés, puis les infirmières leur demanderont d’aller porter les résultats au service de Dominique, afin que ces documents soient intégrés à leurs dossiers.

Dominique, nique, nique, c’est un classique!

Le service de Dominique (l’Archange Dominique, celui de la Justice) s’occupe du suivi des missions et des dossiers personnels des Anges.
Imaginez une ambiance Brazil (le film de Terry Gillian), en plus petit et avec moins d’argent pour les effets spéciaux. Des secrétaires font attendre les personnages des heures devant leurs ordinateurs, disent qu’elles ne retrouvent pas leurs dossiers, qu’il manque des papiers… Après bien trois à quatre heures d’enfer, la porte d’un bureau s’ouvre brusquement. Les filles qui, il y a quelques secondes, parlaient aux personnages sur un ton hautain et désagréable sont soudain tout sourire. « Et donc monsieur, comme je vous disais, nous allons sûrement trouver une solution… je peux peut-être vous taper un double de ce rapport… »
Du bureau sort… un véritable play-boy. La quarantaine bronzée et musclée, le cheveux brun foncé au brushing impeccable, l’oeil bleu pétillant. Il discute avec quelques secrétaires de sa voix douce, fait un compliment par-ci par-là… puis s’approche d’une femme d’une quarantaine d’années. « Maryse, dit-il, il me faut une équipe dans la minute. Une urgence, en Angleterre. »
— « Je peux te réunir quelque chose pour ce soir, Philippe » répond la fameuse Maryse.
— « Non, il me les faut tout de suite » réplique-t-il. Il se tourne alors vers les personnages. « C’est qui, ceux-là ? »
Quelques minutes plus tard, les personnages sont dans le bureau personnel et luxueux du play-boy gominé. Celui-ci se présente: Philippe Pernoud, au service de Dominique. « Une jeune femme vient d’être trouvée assassinée dans le petit village de Hartford, dans le Pays de Galles, ditil. C’est le second meurtre de ce genre en un mois. Or il se trouve que je soupçonne depuis longtemps un sorcier, de son nom Werther Glibbons, de s’être réfugié dans ce village… sous je ne sais quelle identité. J’avais mis l’enquête en sommeil depuis un certain temps, car l’Angleterre n’est pas ma juridiction. Mais ce meurtre est de trop. Je veux que vous partiez à Hartford dans l’heure qui suit, et que vous me dénichiez ce sorcier… si mon intuition est juste et que c’est bien lui le responsable, évidemment. Une recommandation essentielle: je veux, et j’y tiens plus que tout, que vous me le rameniez vivant. Vous m’appellerez dès que vous l’aurez fait prisonnier; je m’occuperai moi-même de son retour en France. Je ne répondrai à aucune question, car ce qui touche ce sorcier est classé secret défense pour des raisons que je ne peux vous révéler. Et hop!, sautez-moi dans l’avion. Comment, vous êtes encore là! »

Le départ

De nos jours, tout le monde, ou presque, parle anglais. Notez donc sur les fiches de ceux de vos personnages dont il est logique qu’ils aient été jusqu’au baccalauréat un talent d’Anglais à +0. Ceux qui sont censés avoir fait de bonnes études peuvent avoir, selon les circonstances, Anglais à +1 ou à +2. Quant aux autres, tant pis pour eux.
Avant de les lancer dans l’inconnu, Philippe donnera quand même aux personnages une sorte de couverture: ils incarneront des détectives privés français engagés par un oncle fictif de la seconde victime, Janet Leigh, pour découvrir l’assassin. Il a constitué un dossier sur les deux meurtres, qu’ils pourront parcourir dans l’avion. La dernière description qu’il ait de Werther Glibbons, dont il n’a aucune photo, est celle d’un petit homme grassouillet d’une cinquantaine d’années.
Werther est sans doute d’origine allemande, mais Philippe n’en est pas sûr. L’Ange ne voudra rien dire sur les pouvoirs réels ou présumés du sorcier, ni sur ses antécédents, ni sur quoi il se fonde pour penser que l’homme est à Hartford et qu’il est responsable des meurtres. Secret défense, encore.
« Je sais que cela vous rend la mission plus difficile, mais croyez-moi, j’ai mes raisons » dit-il avant de fermer la porte de son bureau, laissant Maryse s’occuper des méprisables détails matériels tels que l’argent, les passeports et les billets d’avion. Pendant que celle-ci se décarcasse pour rassembler le nécessaire, les personnages seront regardés avec admiration par les secrétaires qui les martyrisaient une heure auparavant. L’une d’entre elles leur demande s’ils savent à qui ils ont affaire. « Philippe Pernoud est le gouverneur des forces du Bien de Paris Notre-Dame, le chouchou de l’Archange Dominique, chuchote-telle. Vous en avez de la chance. Y’en a beaucoup qui se feraient tuer avec plaisir pour avoir l’honneur de travailler directement sous ses ordres… »
C’est sur ses paroles réconfortantes que les personnages s’envoleront pour Londres.

Hartford-upon-Losthole

De Londres, louer une voiture leur permettra, en huit heures de voyage, d’atteindre Hartford (localité fictive sur la côte du Pays de Galles). Vos Anges auront largement le temps, pendant le voyage, de prendre connaissance du dossier sur les meurtres, qui n’est d’ailleurs pas très consistant.
La première victime, une dénommée Wynona Darcy, vendeuse, d’après les coupures de journaux, avait disparu de la ferme de ses parents depuis trois jours quand son corps a été découvert dans la rivière, poignardé, le matin du 15 août. Détail un peu sordide: elle a été scalpée. La police a tout de suite pensé à un crime passionnel, mais aucun suspect n’a été arrêté. Le meurtre n’a d’ailleurs fait que quelques lignes dans la presse locale.
La seconde victime a été retrouvée un mois plus tard sur la plage, le 16 septembre. Janet Leigh était institutrice. L’autopsie a prouvé qu’elle avait été étranglée; la main droite manquait au cadavre. La police n’est pas certaine qu’il faille établir un lien entre les deux décès.
Les panneaux routiers annoncent enfin Hartford… une charmante petite ville, qui semble un peu hors du temps. Une architecture traditionnelle anglaise, avec des maisons un peu austères et de belles propriétés agrémentées de grands jardins.
L’agglomération compte à peine mille cinq cents habitants. En plus de la rue principale, les deux seuls endroits marquants sont le port, qui était auparavant très fréquenté et qui n’est plus aujourd’hui utilisé que par quelques bateaux de pêcheurs, et la mairie-poste de police-bibliothèque, qui marque le centre-ville.
Les personnages peuvent s’installer dans un hôtel ou dans un bed & breakfast, qui sera tenu, quel que soit leur choix, par une femme divorcée d’une cinquantaine d’années, Amelia Bennett, très aimable et source inépuisable de ragots sur la petite ville. Elle servira à faire passer des informations aux personnages.
Amelia a une fille de quinze ans dénommée Angie, rousse, gironde, qui, toute excitée par l’arrivée de « vrais Français de France » ne lâchera pas nos Anges d’une semelle et passera son temps à les draguer. Quant à l’enquête, elle peut être abordée par de nombreux aspects, que nous allons résumer.

L’atmosphère de Hartford

Hartford est en état de choc. Dans le coin, les meurtres sont rares, et deux en si peu de temps constituent un événement national.
Pour alimenter encore plus les mauvaises langues, un second scandale, moins grave mais plus croustillant, s’est greffé sur le premier. En effet, depuis le premier meurtre, celui de Wynona, un corbeau fait rage à Hartford. Un corbeau ? Oui: un auteur de lettres anonymes. Une quarantaine de lettres au moins ont été envoyées depuis.
Ces missives, qui n’épargnent personne, mettent une ambiance déplorable dans la petite ville. Leur contenu varie de « Le poissonnier vole ses clients » à « Mr Smith a une grand-mère noire », en passant par « Le petit Andrew a une ressemblance plus marquée avec le notaire qu’avec le mari de sa mère »…
Certaines victimes des lettres sont allées porter plainte à la police, d’autres les ont brûlées discrètement. Depuis, les rumeurs les plus bizarres courent dans le village…

Enquête sur Wynona et sur Janet

Wynona Darcy, dix-neuf ans, était le troisième enfant d’une famille de fermiers qui en comptait huit. Le niveau de vie des Darcy est bas – quand on est pauvre en Angleterre, on est vraiment pauvre –, ce qui ne les empêche pas d’être encore bouleversés par la mort de leur fille.
Wynona était, d’après les photos, une fille d’une beauté moyenne, avec une magnifique chevelure rousse. Elle avait un petit ami mécanicien (qui a été longtemps le premier suspect) mais qui semble finalement n’avoir rien à voir avec le meurtre. La jeune fille était employée dans un magasin d’alimentation situé dans la rue principale de Hartford. Elle a disparu le 12 août, sans doute sur le chemin du retour à la ferme. Son corps, scalpé, rappellons-le, a été retrouvé le 15 août dans la rivière.
Que découvrir sur Wynona ? L’existence d’un amant mystérieux (voir la lettre anonyme reçue par Mr Simsonn, plus loin).
Janet Leigh, vingt-six ans, était une femme plus intellectuelle. Elle vivait seule dans une maison du centre-ville, et était une bonne institutrice. Elle avait des amis, mais sortait peu et n’avait pas de petit ami attitré.
D’après les photos, c’était une jolie jeune femme, aux cheveux mi-longs, rousse également. Son corps, dont la main droite a été coupée, a été retrouvé sur la plage le 16 octobre.
Que découvrir sur Janet ? Rien, hélas. Elle fréquentait beaucoup le docteur Barnes et son frère, ainsi que lady Jennifer Berlton (voir plus loin). Une brave petite, que tout le monde aimait beaucoup…

Trois lettres anonymes

Les lettres anonymes sont essentielles à l’enquête, car elles permettent d’avoir accès rapidement à tous les secrets cachés des habitants de Hartford.
Pour pouvoir accéder à ces lettres, les personnages devront faire de la diplomatie auprès des policiers (plutôt sympas, d’ailleurs) qui les ont réunies dans leur dossier « corbeau ».
S’ils n’y parviennent pas, Amelia Bennett, leur pétillante et bavarde hôtesse, pourra les aiguiller sur les pistes intéressantes. (« Et la cuisinière m’a dit que Mr Barnes avait reçu à son tour une de ces horribles lettres… ») Inventez de petits scandales mineurs, dont 80% seront faux et 20% vrais.
Voici les trois seuls qui ont de l’importance:

Une liaison mal-t-à propos

Le notaire, Mr Simsonn (celui auquel le petit Andrew est supposé ressembler, voir plus haut), un homme marié et « respectable » a reçu une lettre l’accusant d’avoir eu une liaison avec Wynona Darcy. Il a aussitôt porté cette lettre à la police, et ne se cache pas de l’avoir reçue. Il nie cependant avoir eu cette liaison.
— Ce qu’il y a à découvrir: Mr Simsonn est innocent dans cette affaire (par contre, il est vraiment le père du petit Andrew, mais ça, les personnages s’en fichent!). Il lui sera cependant difficile de le prouver, surtout qu’un interrogatoire des collègues de Wynona, au magasin où elle travaillait, révélera que la jeune fille avait, en plus de son petit ami mécanicien, une liaison avec un homme d’une cinquantaine d’années dont elle n’a pas révélé le nom à ses copines.
Les personnages, s’ils sont malins, peuvent tomber sur un indice que n’a pas eu la police. L’homme mystérieux avec lequel sortait Wynona lui avait offert une très belle broche en or ancienne. Dès que la nouvelle de sa mort est parvenue au magasin, une collègue en a profité pour la lui piquer (elle l’a gardait dans son casier). Les vendeuses ont remarqué ce vol, et en parleront aux « détectives français ». La responsable du larcin, une très jeune fille, est bourrelée de remords, et ne sera pas naturelle avec les personnages. Il suffira que ceux-ci la poussent un peu pour qu’elle avoue.
La broche ne dira rien à personne, en tous cas dans un premier temps. Mais il est certain qu’elle venait d’un homme riche.

Ma charcutière est une cochonne

Lady Jennifer Berlton est « la » personnalité de la ville. D’origine noble, elle vit dans une magnifique propriété à la bordure de la ville. C’est elle qui contactera les personnages, vingt-quatre heures environ après leur arrivée. Ayant entendu parler de « détectives français », elle veut faire appel à leurs services.
Il se trouve qu’elle vient de recevoir une lettre anonyme l’accusant du meurtre de son mari, lord John Berlton. « John Berlton, mon époux, raconte-t-elle, s’est enfui avec toutes nos économies et la baby-sitter hollandaise de mon fils il y a trois ans. Je ne les ai jamais revus. »
Elle se dit choquée et chagrinée par la réception de cette lettre, dont voici la teneur: « Salope – Assassin (Murderess, en v.o.) – Tu as tué ton mari et tu l’as découpé en morceaux – Dieu t’enverra brûler en enfer. »
Lady Jennifer n’a pas montré cette lettre à la police: « Je ne veux pas que ma réputation soit entachée » dit-elle. Elle est par contre prête à payer une somme rondelette aux personnages pour qu’ils dénichent – discrètement – l’auteur de ces lettres anonymes, sans en rien dire à la police. Elle dit agir uniquement par curiosité.
Les personnages peuvent accepter ou refuser ce « contrat », qui n’est finalement pas dans leurs attributions. Cela n’influera pas tellement sur la suite du scénario.
— Ce qu’il y a à découvrir: Lady Jennifer, il y a trois ans, a tué à coups de hache son mari et la baby-sitter hollandaise avec qui il comptait s’enfuir. Elle a enterré les deux cadavres dans le jardin, sous les rosiers. C’est pour cela qu’elle ne veut pas que la police soit au courant, c’est pour cela qu’elle veut retrouver l’auteur des lettres anonymes – pour savoir ce qu’il ou elle sait, comment il ou elle le sait… et combien elle doit payer pour le ou la faire taire!

Les rousses, ça pue, surtout quand c’est tout pourri

Les frères Henry et Frederic Barnes sont deux personnalités importantes à Hartford. Ils ont respectivement cinquante et soixante-cinq ans.
Henry Barnes, le plus jeune, est le plus communicatif. Un bel homme aux cheveux et aux dents blanches, avec une voix chaleureuse et un comportement sympathique; il inspire tout de suite confiance.
C’est le médecin du village, et en tant que tel, il collabore avec la police. Les personnages le rencontreront donc dans le cadre de leur enquête. C’est lui qui a autopsié les corps de Wynona et de Janet, et c’est lui qui pourra leur fournir les renseignements médicaux les concernant. Très choqué, apparemment, par ces deux morts, il se montrera très ouvert et accueillera bien les personnages.
Il viendra d’ailleurs les voir quand il recevra, à son tour, une lettre anonyme. Celle-ci affirme que lui et son frère Frederic (médecin lui aussi, mais désormais à la retraite) sont des fous dangereux. Le contenu exact de la lettre est: « Deux frères, deux fous – Comme votre mère, pervers et dérangés – Monstres, partez de notre ville avant que Dieu ne vous chasse! » Henry précisera en riant que ni sa mère, ni son frère, ni lui n’ont d’antécédents psychiatriques, mais qu’il est vrai qu’en pensant à ce corbeau, il se sent des instincts violents!
— Ce qu’il y a à découvrir: accrochez vos ceintures… vous n’allez pas être déçus.
Henry Barnes est en fait Werther Glibbons, le sorcier, et c’est son frère Frederic qui a tué Wynona et Janet.
Quelques explications ? Allons-y.
La lettre anonyme ne disait que la vérité: la mère d’Henry et de Frederic était un peu folle, et ses deux fils sont sacrément dérangés… chacun dans leur genre, car si Henry est extrêmement intelligent, Frederic est juste taré.
Dans leur jeunesse, Henry et Frederic ont étudié la même chose: la médecine et la sorcellerie. Tous deux sont devenus médecins. Un seul est devenu un véritable sorcier, Henry, qui sous le nom de Werther Glibbons, a parcouru le monde et a eu de nombreuses aventures (nous reviendrons plus en détail sur ses autres activités dans la seconde partie de ce scénario). Henry, poursuivi d’un peu trop près par des Anges – ceux du service de Philippe Pernoud – est récemment revenu s’installer dans sa ville natale pour quelques mois, avant de repartir au Paraguay (voir IVe partie), en espérant que ses poursuivants perdraient sa trace. Là, il a repris, pour quelques temps, son activité de médecin. Mais il s’est vite aperçu que son frère Frederic avait ses propres problèmes…
Frederic Barnes a habité Hartford toute sa vie. Pendant vingt ans, il est resté marié à une femme qu’il adorait, une belle rousse dénommée Lydia. Lydia, un jour, est morte d’un cancer. Frederic a alors complètement sombré dans la folie.
Se souvenant des lectures occultes de sa jeunesse, et spécialement de Frankenstein, il a décidé de reconstruire le corps de sa femme à partir de morceaux d’autres femmes rousses, puis d’y insuffler l’âme de la défunte… Précisons bien sûr que ce qu’il fait ne correspond absolument à rien du point de vue sorcellerie. Frederic est fou, vraiment fou, et les rituels qu’il chantonne autour de ses bouts de cadavres en décomposition n’ont aucune signification ni aucune puissance.
Pour le corps de base, il s’est servi d’un cadavre de jeune fille rousse volé à la morgue d’une ville voisine quelques mois auparavant (il est possible de retrouver un entrefilet à ce propos dans de vieux journaux…). Il a ensuite, discrètement, entamé une liaison avec Wynona Darcy, et l’a tuée un soir pour récupérer sa chevelure – celle de l’autre n’était pas assez belle. Il a ensuite tué Janet Leigh pour récupérer sa main droite – celle de l’autre était abîmée. Dans sa cave, où il a organisé son petit laboratoire, il recoud méthodiquement les morceaux.
Henry / Werther s’est rendu compte de la situation dès son arrivée. Henry n’a pas dénoncé son frère: d’abord parce que le meurtre n’est pas quelque chose qui le choque – à chacun ses petits travers –, et ensuite parce qu’il aime bien son aîné. Il va d’ailleurs tout faire pour que celui-ci ne soit pas arrêté. C’est pour cela qu’il collabore de son mieux avec la police – il peut ainsi suivre de près l’enquête et anticiper les mouvements des enquêteurs. C’est aussi pour cela qu’il fera copain-copain avec les personnages le plus rapidement possible – il peut ainsi les surveiller et les faire embrayer sur de fausses pistes.
Ce que les personnages pourront réunir comme renseignements sur Henry et Frederic:
— Henry est revenu il y a six mois d’une tournée européenne de plus de quatre ans.
— Frederic a perdu sa femme d’un cancer du sein il y a un an. « Le pauvre homme, il n’est plus vraiment comme avant, dira cette bonne âme d’Amelia Bennett. Le chagrin l’a brisé. »
La photo en couleur de l’épouse tant pleurée trône dans le salon des deux frères, où les personnages seront peut-être invités à boire un thé pour parler de l’enquête. Une belle femme, souriante, aux très beaux et très longs cheveux roux.
— La mère de Henry et Frederic avait véritablement un petit grain, comme le dit la lettre anonyme. Ce renseignement ne peut être donné que par une personne âgée résidant depuis longtemps à Hartford.

Le corbeau

Avant de découvrir le rôle des deux frérots, les personnages vont peut-être s’intéresser au cas du corbeau. Cette partie du scénario n’est pas obligatoire pour terminer l’enquête, mais elle pourra grandement les y aider.
Les lettres anonymes sont composées de morceaux de journaux découpés et collés sur du papier acheté dans un grand supermarché de Londres. Elles sont en général postées de Hartford ou de petites villes voisines. La police n’a pas assez de personnel pour faire surveiller toutes les boites aux lettres, de plus, l’énergie des bobbies est plutôt consacrée à rechercher le tueur.


Les personnages peuvent découvrir le corbeau grâce à leurs pouvoirs – un petit coup de Psychométrie sur les lettres et le tour est quasi joué –, par hasard – s’ils surveillent toutes les boites aux lettres –, ou par déduction.
En effet, qui peut être au courant du double meurtre commis par lady Jennifer ? Quelqu’un qui était sur place au moment où ces meurtres ont été perpétrés.
A l’époque, lady Jennifer avait trois employés de maison. Deux d’entre eux travaillent toujours pour elle. La troisième, Thelma Ryder, une femme d’environ cinquante-cinq ans, a démissionné quelques mois après la « disparition » du mari et a trouvé un emploi dans le magasin d’alimentation où travaillait justement Wynona.
C’est là que Thelma a entendu dire par la jeune fille elle-même qu’elle « sortait » avec un homme entre deux âges (Thelma a cru que c’était le notaire). Son travail lui permettait également, en discutant avec les autres vendeuses, d’être au coeur de tous les ragots de la ville. Thelma avait aussi, dans sa jeunesse, travaillé chez la mère d’Henry et de Frederic comme femme de ménage…
C’est elle le corbeau. Donnez à vos personnages trois jours pour la découvrir.
Si les personnages l’identifient avant les trois jours, la pauvre femme, complètement paniquée, essaiera de s’enfuir. Rattrapée, elle avouera tout… elle voulait juste s’amuser un peu. Ce n’est, au fond, qu’une femme très seule, un peu bizarre et très malheureuse.
Thelma a été témoin, par une fenêtre, du double meurtre de lady Jennifer et pourra le raconter aux personnages. Mais, plus intéressant encore, elle vient de découvrir à qui avait appartenu la broche offerte par l’homme mystérieux à la pauvre Wynona. C’est en fouillant dans des vieux journaux locaux, pour découper des mots, qu’elle est tombée sur une ancienne photo de Lydia Barnes, qui arborait, pour la remise du prix de la meilleure confiture de prune, le fameux bijou.
Lydia Barnes, l’ex-épouse morte d’un cancer du sein, de Frederic Barnes, frère du docteur… Aux personnages de suivre la piste.
S’ils mettent plus de deux jours à retrouver Thelma… ils ne pourront plus interroger que son cadavre. Thelma aura en effet fait l’erreur de téléphoner à Frederic pour le faire chanter. Celuici, qui n’est plus à un meurtre près, est venu chez elle et l’a tout simplement étranglée. La police découvrira le corps de la pauvre femme chez elle, avec tout son matériel de lettres anonymes. Le journal avec la photo de Lydia Barnes aura bien sûr été brûlé par Frederic. Le mystère du corbeau sera ainsi résolu.

Tout ça va me coûter les yeux de la tête !

Chercher le corbeau, interroger tout le monde… quoi qu’ils fassent Henry Barnes (alias Werther) les surveille étroitement. Il va même faire plus que cela. Il va les faire suivre par Cassandra, une petite fille blonde de huit ans, Démon de Samigina de son état, qui est en son pouvoir.
Dès que les personnages deviendront trop « lourds », il demandera à Cassandra de les éliminer un par un. Si les Anges sont malins, ils pourront bien sûr remarquer qu’ils sont suivis, et renverser la vapeur en suivant, à leur tour, la petite Cassandra jusqu’à la maison de son maître.
Pendant ce temps-là, Frederic est toujours dans son trip. Il a maintenant besoin d’une paire d’yeux. De beaux yeux bleus, comme ceux qu’avait sa femme. Et où y a-t-il une jolie rousse avec de beaux yeux bleus ? Tout près des personnages: Angie Bennett, la fille de leur hôtesse, la minette de quinze ans qui n’arrête pas de les draguer depuis le début.
L’enlèvement d’Angie aura lieu trois jours après l’arrivée des Anges à Hartford. Nous allons en faire deux versions, selon que vos personnages soupçonnent déjà les Barnes ou qu’ils nagent complètement.
— S’ils soupçonnent déjà les Barnes. Ils reviendront à l’hôtel un soir, et Angie aura disparu. Rien de plus, aucun indice, et une mère hystérique. A eux de réagir vite, et de se décider à fouiller la maison Barnes avant qu’Angie ne soit tuée (quatre heures plus tard).
— S’ils nagent complètement. Angie, terrorisée, leur demandera de l’aide: elle a l’impression d’être suivie. Elle ne se trompe pas, c’est Frederic qui est en train de préparer son coup. Les personnages peuvent alors préparer une embuscade pour prendre Frederic sur le fait.

Chez Henry et Frederic Barnes

Attention : quelle que soit la manière dont les personnages arrivent à découvrir la culpabilité des frères Barnes, il ne faut pas oublier qu’ils doivent ramener Werther, donc Henry, vivant.
Dès que les Anges essaieront d’entrer par la force dans la maison, Henry lâchera ses deux chiens de garde: Cassandra et David, le Démon et l’Ange qui sont en son pouvoir. Une fois les deux êtres neutralisés (voir caractéristiques), ils devront faire prisonniers Henry et Frederic, ou en tous cas au moins Henry. Dans la maison des Barnes, ils découvriront:
— Dans le bureau d’Henry: de faux papiers d’identité au nom de Werther Glibbons, tout le matériel du parfait petit sorcier (bougies, pentacles, etc.) et… des papiers administratifs, des cartes de visite, du papier à en-tête au nom d’une société dénommée Security Society. Ce que c’est que cette société, les personnages n’en savent rien, et Werther ne parlera pas.
— Dans la cave: un cadavre de femme à moitié décomposé, avec une chevelure rousse et une main droite cousues dessus. Et, éventuellement (selon la rapidité d’intervention de vos personnages) le cadavre énucléé d’Angie Bennett…

La morale de cette histoire

Un coup de fil à Philippe Pernoud suffira pour que ce dernier envoie des Anges à lui prendre livraison de Werther Glibbons.
Si Werther est vivant, les personnages bénéficieront d’une victoire totale (normale seulement si Angie Bennett est morte).
S’il est mort, ils écoperont d’une limitation – et cela même s’ils se sont débrouillés comme des chefs pour résoudre l’enquête.

Suicide Solution

Ne trouvez-vous pas ces conditions de victoire un peu illogiques ? A partir du moment où ils ont ramené Werther vivant, les personnages ont au moins une victoire normale… et cela même s’ils ont laissé une traînée de cadavres derrière eux. De même, une limitation s’ils ont tué le sorcier, alors qu’ils peuvent très bien avoir résolu l’enquête, n’est-ce pas un peu exagéré ?
C’est qu’il y a du louche là-dessous. Philippe Pernoud, l’Ange de Dominique, le gouverneur des forces du Bien de Paris Notre- Dame, s’est en fait servi des personnages pour des raisons personnelles et profondément antichrétiennes. On s’explique. Philippe, comme vous pourrez le constater en étudiant ses caractéristiques, est un Ange très puissant. Par son intelligence, son efficacité, son sens de la diplomatie, il s’est fait estimer de tous. Il est d’ailleurs officieusement considéré comme « le second » de l’Archange Dominique lui-même.
Ce succès lui est un peu, d’ailleurs, monté à la tête. Tellement qu’il a commencé à se dire qu’il aimerait bien devenir calife à la place du calife, ou plutôt Archange de la Justice à la place de Dominique.
Le problème, c’est que les Archanges ne peuvent pas mourir. Si le corps humain de l’Archange est tué, son âme repart au Paradis et peut se réincarner en quelques heures. Ce n’est donc pas demain, apparemment, que Philippe réalisera son ambition.

Sauf que...

Il était une fois une petite société montée par trois sorciers, dont notre cher Werther Glibbons. Cette société, dont le nom est Suicide Solution, permet aux Anges et aux Démons qui veulent devenir renégats de disparaître sans être poursuivis par leur hiérarchie. Il suffit que l’Ange ou le Démon se débrouille pour faire tuer son corps humain devant témoins, dans une baston par exemple. A ce moment précis, un des sorciers de Suicide Solution invoque son âme et la place dans un nouveau corps.
Pour la hiérarchie, l’Ange ou le Démon est mort au combat (avant que l’on s’aperçoive, dans l’administration d’En Haut ou d’En Bas que l’âme n’est pas dans la salle d’attente il peut s’écouler des siècles) et le renégat peut vivre dans son nouveau corps en toute tranquillité. Le paiement demandé par les sorciers: des informations, et particulièrement les vrais noms d’Anges ou de Démons nécessaires aux invocations, ainsi qu’un service, qui sera demandé au renégat à un moment ou à un autre de sa nouvelle vie.
Au cours d’une enquête, Philippe Pernoud a entendu parler de Suicide Solution, et d’un de ses fondateurs, Werther Glibbons. Il décide de les contacter. Ses informateurs lui apprennent que Werther est sans doute en Angleterre, dans une petite ville dénommée Hartford. Il envoie donc une équipe d’Anges d’assez bas niveau, de manière à ce qu’ils ne se doutent de rien, chercher Werther pour lui.
Ces Anges, vous l’aurez compris, c’étaient les personnages. La Security Society, dont les personnages ont vu des papiers dans le bureau de Werther, est la coquille juridique (supposée être une société de louage de gardes du corps) de Suicide Solution.
Werther n’arrivera jamais à Notre-Dame. Dès qu’il aura mis la main dessus, Philippe l’emmènera dans un coin tranquille, et là, lui proposera un marché qu’il ne peut pas refuser: collaborer avec lui ou mourir. Werther, vous vous en doutez, va accepter.
Nota bene : Si les personnages ont tué Werther, on considérera que Philippe Pernoud a, par un autre moyen, réussi à contacter un des deux autres sorciers de Suicide Solution. Vous remplacerez alors toutes les allusions à Werther dans la suite de cette histoire par ce nouveau sorcier, pour lequel vous prendrez les mêmes caractéristiques.
Voici le marché. Contre l’immunité pour tous les membres de Suicide Solution, et même un coup de main à leur activité, les sorciers de la société vont tenter le coup de leur vie: invoquer l’âme de l’Archange Dominique et le coincer dans un corps inintelligent, avec une très grande espérance de vie. Ainsi, Dominique sera porté disparu et Philippe pourra enfin prendre sa place. Pas mal, non ?
Dans les jours qui suivent, Philippe et Werther, remis en liberté, vont préparer lentement leur coup. C’est assez compliqué, car il faut s’arranger pour que le corps de l’Archange Dominique soit tué (et cela sans qu’une traîtrise soit soupçonnée, bien sûr). Les forces du Bien ne s’inquiéteront ainsi que vingt-quatre heures plus tard, délai habituel pour que l’âme d’un Archange revienne au Paradis. Ce délai de vingt-quatre heures permettra aux sorciers de s’assurer que l’âme est bien coincée dans le corps d’accueil. La voie royale sera alors ouverte pour Philippe.
Mais nous n’en sommes pas encore là. Quatre jours après leur retour d’Angleterre, les personnages sont de nouveau convoqués à Notre-Dame…

Marie-Joseph, celle qui rit quand on la… (vous avez trouvé, vous ?)

Les personnages connaissent le chemin, cette fois-ci… Une standardiste, à l’accueil, les conduira vers le service de Dominique qu’ils commencent à bien connaître, et les fera entrer dans un petit bureau privé, plus petit et beaucoup moins luxueux que celui de Philippe Pernoud.
Les y attend une femme d’une cinquantaine d’années, au chignon sévère et gris, de petites lunettes sur le nez. Elle se lèvera et serrera la main aux personnages, sans un sourire sur son visage glacé: « Bonjour. Marie-Joseph Maillapartir, de Dominique. J’ai repris en main vos dossiers. Asseyez-vous. »
Marie-Joseph est énervée, et cela se voit. « J’aimerais savoir pourquoi vous n’avez pas rempli vos ordres de mission. Où étaient vos accréditations administratives pour aller en Angleterre ? Quel était votre numéro de mission ? Où est le formulaire B37 ? Hein ? »
Les personnages n’ont bien entendu rien de tout cela. Ils expliqueront sans doute tant bien que mal les circonstances de leur départ.
Marie-Joseph sera bien obligée de baisser les bras, mais cela ne l’empêchera pas de râler: « Ce n’est parce que M. Pernoud est très haut placé qu’il peut s’amuser à tourner ainsi le règlement. Tout cela est profondément illégal, mais je suppose que cela ne sert à rien de protester, comme d’habitude. » Décidément, Marie-Joseph semble être une des rares immunisées au charme ravageur de Philippe Pernoud…
Elle soupirera d’un air las et ajoutera: « Pour tout arranger, cette mission n’était pas celle qui était prévue pour vous. Votre équipe est notée sur mon planning pour une mission de contrôle classique. Comprenez bien que je n’ai pas à prendre en compte cette mission à Londres. Vous n’aurez pas vos quinze jours de délai réglementaire entre deux missions, tant pis. Vous commencez tout de suite. »
La mission à laquelle les personnages sont affectés est une de ces tâches de routine auxquelles les équipes d’Anges sont de temps en temps astreintes entre deux aventures plus exaltantes. Chaque mois, un certain nombre d’Anges ne répondent pas présents à leurs convocations. Ou ils se sont faits tuer (l’explication la plus fréquente), ou ils ont été empêchés, ou, dans quelques rares cas – du moins à ce que dit Marie-Joseph – ils sont passés renégats. Les personnages vont devoir enquêter sur quatre de ces récentes disparitions.
Alors que Marie-Joseph accompagne les personnages dans un autre service pour chercher les dossiers des disparus, Philippe Pernoud apparaît au détour d’un couloir. Dès qu’il aperçoit les personnages, il vient leur serrer chaleureusement la main (si Werther est mort enlevez « chaleureusement ») et s’enquière de la nouvelle mission qui leur est confiée.
« Ils s’occupent des disparus, dit Marie-Joseph, glaciale. — Lesquels ?, demande Philippe.
— Bernard Maure, Thérèse Chapuis, Grégory de Bock, Serge Bayou, rétorque-t-elle. »
Est-ce une illusion, ou le nez de Philippe s’est-il froncé un tantinet ? « J’avais dit que ces disparitions n’étaient pas des cas urgents, dit-il, énervé. Retirez-moi cette mission.


— Monsieur Pernoud, articule alors Marie-Joseph d’une voix qui réfrigérerait un zéro absolu, je suis mon planning. Si vous n’êtes pas content, adressez-vous à Monseigneur Dominique, puisqu’il parait que êtes dans ses petits papiers. Moi, je fais mon boulot. »
Et elle s’éloignera, majestueuse, emmenant les personnages sous son aile.
Savez-vous pourquoi ces disparitions n’étaient pas classées urgentes ? Parce que Bernard Maure et Serge Bayou sont tous deux des renégats qui ont fait appel à Suicide Solution, et que Philippe n’est pas très chaud pour qu’on enquête dessus…
Nota bene : Il est important que les Anges, pour ces quatre enquêtes, restent en liaison serrée avec Marie-Joseph. Elle leur demandera d’appeler et de passer la voir très régulièrement.
Elle doit, au fil des missions, se révéler moins revêche qu’elle ne le parait. Perfectionniste, intégriste, autoritaire, oui… mais elle prend son travail très à coeur et sera toujours à l’écoute de son équipe, prête à leur donner des conseils, de l’aide, des renforts ou un Ange de Guy pour les soigner.
Elle n’hésitera pas à les féliciter quand elle trouvera que le travail a été bien fait. Bref, un « chef » précieux auquel les personnages doivent apprendre, peu à peu, à véritablement faire confiance.

Première disparition

Le dossier


Bernard Maure, 32 ans, Ange au service de Janus.
Couverture: antiquaire.
États de service: plusieurs irrégularités constatées. Richesse excessive, amour du luxe, cambriolages et vols personnels (non effectués dans le cadre d’une mission).
Signe particulier: yeux violets fluorescents.
Mission en cours: aucune.
Bernard devait venir à une réunion à Notre-Dame le 2 septembre. Il ne s’y est pas montré, et ne répond à aucun coup de fil ni à aucun message.

Commentaires officieux

Marie-Joseph émettra quelques commentaires désobligeants sur les Anges au service de Janus et même quelques allusions, plus voilées, sur la légèreté frisant l’incompétence de l’Archange luimême. Pour elle, Bernard Maure, dont l’attitude frisait parfois le renégat, est parti vers d’autres horizons.
Elle a d’ailleurs raison… mais les personnages ne l’apprendront que bien plus tard.
Comment s’évanouir en fumée
Bernard Maure est en effet passé renégat. Il y a longtemps que l’idée le taraudait, et la rencontre avec un des sorciers de Suicide Solution l’a convaincu qu’il existait un moyen de disparaître sans risques.
Il lui fallait donc mourir, et si possible mourir de façon « naturelle » pour un Ange, de façon à ce qu’aucun soupçon sur son décès ne subsiste. Tant qu’à faire, s’est-il dit, autant organiser une mort héroïque qui me vaudra une médaille quelconque à titre posthume…
Bernard habitait un bel immeuble place Clichy à Paris (oui, ça existe). Il avait repéré depuis un certain temps les agissements de deux petits dealers qui revendaient de la drogue dans sa cage d’escalier. Décidé à laisser plein de traces derrière lui de façon à ce que la future équipe d’Anges qui enquêterait sur sa disparition puisse reconstituer son décès, il a commencé à en parler… A son concierge d’abord: « Quel scandale, ces dealers de drogue, un jour il faudra qu’un homme de bien fasse quelque chose »; à ses amis humains, au cours d’un dîner: « J’ai décidé de leur montrer de quel bois je me chauffe » et enfin, il a écrit une lettre à un collègue Ange (tout à fait loyal celui-là) en lui expliquant qu’il allait s’attaquer au gang.
Une fois tous ces jalons bien posés, il ne lui restait plus qu’à se faire tuer. Il a attendu que Suicide Solution lui indique le jour où il devrait se donner la mort, et, ce jour-là, il est descendu, en plein jour, voir les dealers. Il en a charmé un (pouvoir Charme) pour que celui-ci avoue à qui il achetait la came. Il est ensuite allé voir le « fournisseur », un banquier ayant pignon sur rue dans le XVIe arrondissement, s’est introduit dans l’hôtel particulier de celui-ci, et l’a menacé avec un revolver en disant qu’il était heureux d’avoir découvert ce repaire de malfrats et qu’il allait de ce pas raconter sa découverte à la police.
Le banquier a sorti un mini Uzi de son bureau louis XIV, et l’a abattu.
Le corps a disparu. Quant à l’âme, elle a été invoquée par les sorciers de Suicide Solution qui l’ont réincarné… dans une femme. Bernard, dans sa nouvelle apparence, a proposé de travailler pour Suicide Solution. Séduit par son intelligence et son habileté, Werther l’a engagé.
Bernard (ou devrions-nous dire Bernadette) repère les Anges un peu rebelles à leur hiérarchie et leur propose de passer le marché avec la dynamique petite société. Les personnages le rencontreront, sous sa nouvelle identité, quand ils seront à leur quatrième mini-enquête (celle sur Serge Bayou).
Un détail très intéressant: la couleur des yeux de Bernard (violets un peu fluorescents) étant une limitation liée à son âme d’Ange et non à son corps humain, ce « défaut » s’est trouvé transféré dans le nouveau corps. Ainsi, la belle Bernadette a elle aussi les yeux violets fluorescents… Ce qui permettra, plus tard, de donner des soupçons aux personnages.

Chronique d’une mort sacrément annoncée

Bernard habitait 3 place Clichy, dans un immense appartement (180m2). L’immeuble est moyennement mal famé, mais l’appartement lui-même (avec serrure de choc et porte blindée) est splendide: tapis précieux, meubles anciens, tableaux et statues… l’Ange de Janus qui se soigne! Tout est dans un ordre parfait, bien qu’un tout petit peu de poussière commence à s’accumuler.
Sur le répondeur, de nombreux messages. La plupart concernent l’achat ou la vente d’antiquités. Seuls deux sont intéressants: l’un, une voix féminine très agréable, une certaine Jacqueline, qui remercie pour le dîner. L’autre, une voix mâle et un peu rauque, dit simplement: « Allô, c’est Henri. Putain, vieux, fais pas de conneries. Attends-moi. »
Rien dans les papiers n’est intéressant, Bernard en ayant soigneusement fait le tri afin de ne laisser aucun indice lié à Suicide Solution. Dans les tiroirs du bureau traînent des photomatons de Bernard, on y observe bien, comme dans la photo qui avait été jointe au dossier, les yeux très violets du jeune homme.

• Jacqueline. Sur le carnet d’adresses de Bernard, il est facile de retrouver les noms de Jacqueline et Laurent Beaumarchais. C’est un couple de riches antiquaires, amis de Bernard. C’est à eux que celui-ci a dit, il y a quelques jours, « J’ai décidé de leur montrer de quel bois je me chauffe » en parlant des dealers. Jacqueline et Laurent peuvent tout à fait raconter cette anecdote: des dealers, ils ne savent rien, sinon que Bernard avait dit que deux d’entre eux organisaient un véritable trafic devant sa maison.

• Henri. Henri est un Ange au service de Walther, Archange des Exorcistes. Là aussi, pour trouver son numéro de téléphone, il suffit de chercher dans le carnet d’adresses. Revenu récemment de mission, il a trouvé dans sa boite une lettre de Bernard expliquant que la drogue était l’oeuvre du Diable et qu’il allait s’attaquer directement au gang qui vendait de la coke devant sa porte.
Henri, un grand mec baraqué plutôt cool pour un Ange de Walther, est très inquiet pour son pote, et si les personnages se débrouillent bien, il ira faire l’enquête avec eux. D’ailleurs il ne comprend pas (et pour cause) la réaction de Bernard: il le savait calme, diplomate, habile, intelligent, et pas du tout le genre foudre de guerre. Il dira aux personnages qu’il soupçonne son copain d’avoir trop forcé sur la bouteille...

• Les dealers. Depuis qu’ils se sont faits agresser par Bernard, les deux dealers ne sont plus devant la porte de l’immeuble. Pour retrouver leur trace, il faudra mener une petite enquête dans les bars du coin, interroger les prostituées et les drogués du quartier… Le dealer qui avait trahi (celui qui avait été charmé par Bernard) a été retrouvé noyé dans la Seine. Son pote fait maintenant du racket dans un autre quartier. Par contre, si les personnages savent être généreux, on pourra leur indiquer d’autres dealers appartenant à la même organisation… Ceux-ci, dûment interrogés, pourront avouer qu’un type «un peu fou» est venu agresser leur fournisseur principal dans sa maison, et qu’il n’en est jamais ressorti. Un peu plus secoués, ils donneront aussi le nom et l’adresse de ce fournisseur.

Chez le banquier. M. Berruais, propriétaire d’un hôtel particulier dans le XVIe, profession avouée: banquier. Vous avez déjà vu des films de gangsters? Faites pareil. Des hommes armés en guise d’employés de maison, une ambiance genre mafia de bas étage…
Avec ou sans l’aide d’Henri, les personnages arriveront sans doute à pénétrer dans l’hôtel, à tout casser et à cogner Berruais contre les murs. Celui-ci finira par tout avouer: un type complètement taré est venu, l’a menacé d’un pistolet, a dit qu’il allait le dénoncer à la police… alors vous comprenez, un homme d’affaires intègre comme lui… il s’est énervé et il a tiré! Depuis, il fait des cauchemars toutes les nuits et il ne sait pas s’il a toujours sa raison. Après tout, il a vu, de ses yeux vu, l’homme disparaître devant lui, comme ça, «pop»…

La morale de l’histoire

Puisqu’ils sont sur place, que les personnages démantèlent donc ce réseau… un petit pas en avant dans la lutte contre le Mal. Quant à Bernard, le problème semble résolu. Après tout, il est mort, non? Bizarre quand même, cette histoire… Comme le pensera tout haut Henri: «On dirait qu’il a tout fait pour se faire tuer.»
Marie-Joseph pensera, elle, que le problème est réglé. «Je ne dirai plus de mal des Anges de Janus pendant au moins un quart d’heure, ajoutera-t-elle. Qui aurait cru que ce propre à rien finirait par mourir en héros?»

Deuxième disparition

Le dossier

Thérèse Chapuis, 89 ans, Ange au service de Didier.
Couverture: factrice à L’Haye-les-Roses (Val de Marne).
États de service: plutôt bons.
Mission en cours: profiter de sa fonction à la Poste pour porter des messages internes aux forces du Bien.
A disparu le 12 septembre. N’est pas réapparue au bureau de Poste à la fin de sa journée.
Il n’y a pas de photo dans le dossier.
Nota bene : S’il n’y a pas de photo, c’est pour faire une surprise aux personnages. En effet, d’après l’âge, ils vont imaginer une vieille dame, ce qui n’est pas le cas du tout. Thérèse s’est incarnée en 1929 dans un corps de vingt-cinq ans, et étant immortelle comme tous les Anges, elle n’a pas pris une ride depuis. Bien sûr, les autorités du Bien lui ont fourni de faux papiers avec une fausse date de naissance pour qu’elle puisse continuer sa carrière.
Si les personnages demandent une description de Thérèse (mince, blonde vénitienne et pulpeuse) la surprise sera gâchée, mais tant pis!

Commentaires officieux

Marie-Joseph tient à cette enquête: Thérèse est une femme, et cela suffit pour que notre féministe d’Ange se sente solidaire. Elle fera tout un discours sur l’injuste mépris dans lequel sont parfois tenus les Anges de Didier, dont l’activité de liaison entre les Anges est essentielle, etc.

Faire le facteur recèle parfois des dangers insoupçonnés

Qu’est-il arrivé à Thérèse ? Une bonne nouvelle : elle est encore vivante, mais plus pour longtemps, les personnages ont intérêt à se dépêcher!
Sa disparition n’a, une fois n’est pas coutume, rien à voir avec son activité d’Ange. Thérèse avait, ce jour-là, deux missives des forces du Bien à porter, ce qu’elle a fait, et sans encombre, le matin du 12 septembre. L’après-midi elle a fait son tour du quartier de L’Haye-les-Roses, en tant que factrice – son métier, après tout!
Frappant à la porte d’un pavillon pour amener un paquet absolument sans intérêt, elle est tombée, par hasard, sur une réunion de Démons. Rien ne ressemblant plus à un humain qu’un Démon, Thérèse n’aurait rien remarqué si un des Démons n’avait fait, en voyant la petite postière, une Détection du Bien – par pur acquis de conscience. La détection s’étant révélée positive, les Démons ont sauté sur la pauvre fille.
Ces Démons préparaient un attentat contre le maire de la ville, un Ange. L’arrivée de Thérèse les a rendus complètement paranos. Persuadés d’avoir été repérés par les forces du Bien, ils la torturent pour savoir qui l’a envoyée et quand vont arriver les renforts… Thérèse a beau dire la vérité, c’est-à-dire qu’elle est là par hasard, les Démons ne la croient évidemment pas! La sagesse voudrait qu’ils déménagent, mais la date de l’attentat est trop proche. Alors ils se préparent au grand jour, le fusil à pompe maudit entre les dents, s’attendant à chaque minute à un débarquement d’Anges…

Un kilomètre à pied, ça pompe, ça pompe !

Marie-Joseph a retrouvé les deux messages «officiels» que Thérèse devait porter ce jour-là, et a réussi à dénicher à la Poste le plan des rues que Thérèse a couvertes le 12 septembre après-midi à L’Haye-les-Roses.
— Le premier message officiel. Il était adressé à Jean Raiser, attaché au ministère de la Culture. Adresse: le ministère de la Culture. Interrogé, Jean Raiser, Ange au service d’Yves, la cinquantaine d’années, confirmera avoir bien reçu le message des mains de Thérèse. Le message confirmait la nécessité d’organiser un congrès à Londres; bref, rien de véritablement important.
— Le second message officiel. Il était adressé à Isaac Lutrain, maire de la ville de Châtel-les-Roses, à la mairie. Les personnages peuvent se déplacer, mais un coup de fil suffira pour confirmer qu’Isaac a bien reçu le message. Celui-ci lui annonçait que son budget de communication serait augmenté d’un million; là non plus, rien d’important.
— La tournée de Thérèse. Bien sûr, c’est là que ça se corse. Thérèse devait couvrir, cette après-midi-là, à peu près un quart de la petite ville.
Le secteur de Thérèse peut être divisé, en gros, en deux parties: une zone plutôt HLM et une zone plutôt pavillonnaire. Evidemment, Thérèse n’a pas visité tous les logements le 12 septembre, mais seulement ceux dont les propriétaires avaient reçu des colis. Seulement, comment savoir qui avait reçu des colis ce jour-là? Impossible, bien sûr. Bref, les personnages doivent aller sonner à chaque pavillon, causer à chaque gardien d’immeuble…
Les Démons sont installés dans un pavillon. La loi du hasard fait que les personnages peuvent tomber dessus au bout d’une heure comme au bout de trois jours… A vous de voir. Bien sûr, ils trouveront plus vite s’ils se séparent, mais ce sera beaucoup plus dangereux…
Emaillez la recherche avec des incidents divers. Quelques attaques de loubards dans la cité HLM, deux fachos avec fusils à pompe qui prendront les personnages pour les mêmes loubards qui viennent de les attaquer au palier précédent, trois mecs qui battent leurs femmes et un qui sera en train de violer sa fille, bref, plein de trucs sympas.
Un jour, un des personnages (ou plusieurs) frapperont à la porte du petit pavillon. Un homme, genre sinistre, ouvrira la porte… et quelle que soit l’histoire servie par les Anges, fera une Détection du Bien. Celle-ci sera bien sûr positive.
Le Démon jouera le jeu: mais entrez donc, vous prendrez bien un petit café… et dès que la porte sera refermée, les quatre autres Démons se jetteront dessus. Si l’Ange est seul, ils essaieront de le garder vivant pour l’interroger et l’attacheront dans une pièce du fond, à côté de Thérèse.
Si les personnages sont plusieurs, les Démons essaieront tout de suite de les tuer.
Dans la maison, vos Anges découvriront, en plus de Thérèse, abîmée mais vivante, du matériel de terroriste fauché: des bouteilles de Butagaz et de la dynamite. Sur un bureau, le plan de la mairie et l’endroit où ils allaient installer la bombe improvisée.
Les forces du Mal ont été une fois encore déjouées, bravo !

La morale de cette histoire

Cette fin heureuse, pour une fois, ne cache rien d’obscur. Les personnages ont véritablement fait tout ce qu’ils devaient, et
Thérèse leur fera un gros bisou !
S’ils ratent cette mini-enquête, la mairie de L’Haye-les-Roses sautera quelques jours plus tard, et le maire sera accidentellement tué (bien sûr, on ne retrouvera jamais son corps). Thérèse ne refera jamais surface…

Troisième disparition

Le dossier

Grégory de Bock, 13 ans, Ange au service de Novalis.
Couverture: petit garçon.
États de service: rien de spécial.
Mission en cours: aucune.
N’est pas venu à une convocation du 17 septembre. N’a pas donné de nouvelles depuis.

Commentaires officieux

« Pauvre petit garçon, dira Marie-Joseph. Quel scandale de s’attaquer à des enfants. Dieu sait ce qui a pu lui arriver… »

Ouah, quel trip !


Grégory habite un petit studio dans un grand immeuble de banlieue, avec une femme soldat de Dieu qui lui sert d’alibi (les voisins trouveraient ça louche qu’un petit garçon vive tout seul).
L’immeuble est crade, la porte du studio fermée. Pas de réponse à la sonnerie. Si les personnages ouvrent la porte, ils verront… un jeune garçon en train de roupiller, dans une atmosphère saturée de relents de haschich.
Une dizaine de jeunes gens entre quinze et vingt ans, genre cheveux longs et T-shirts Animonde, sont allongés sur des coussins, complètement ailleurs, en train de se passer un dernier pétard. Des boites de paellas froides et des cartons de pizza traînent dans la pièce.
L’explication? Simple ! La mère adoptive du gamin, le soldat de Dieu, s’est absentée pendant un mois et Grégory en a profité pour faire la teuf! Cela fait quelques semaines qu’il ne décolle pas du plafond, et la convocation, il l’a tout simplement oubliée.
Café, vitamine C, douche froide seront de rigueur avant d’emmener le gamin à Notre-Dame où il se fera passer un sacré savon !
Ouah, bad trip !

Quatrième disparition

Le dossier

Serge Bayou, 29 ans, Ange au service de Laurent.
Couverture: chômeur.
États de service: impeccables.
Mission en cours: tuer, de manière discrète, la célèbre Maryam, star teenager de la chanson française. D’après les renseignements obtenus par les forces du Bien, Maryam est un Démon aux ordres de Nybbas, Prince-Démon des Médias.
L’ordre de mission date du 15 septembre.
Une photo de Serge, genre brun-musclé-menton carré-cheveux en brosse-tee shirt blanc-pantalon vert-docs ferrées, est fournie avec le dossier.

Commentaires officieux


Marie-Joseph Maillapartir a fait une petite enquête préliminaire.
Elle dira aux personnages que Serge a (ou avait) une réputation impeccable: « Un homme droit, à la foi pure comme un étendard claquant au vent. Un Ange qui n’hésitait pas à tuer pour son Dieu.» L’impression que les personnages tireront de la description et des réflexions de Marie-Joseph: Serge était un beau fasciste… Serge n’était pas, malgré le règlement, le genre à faire des rapports quotidiens. La hiérarchie ne s’est inquiétée de sa disparition que le 25 septembre, après dix jours de silence.
Conclusion de Marie-Joseph: « Il est tombé dans un piège, le Démon l’a tué. Vengez-le ! »

Serge et Paulette: une love story en direct live

La vérité ? Une bien belle histoire d’amour, comme dirait l’autre. Sachez tout d’abord que la personnalité de Serge n’est pas aussi lisse qu’elle n’y parait. Le jeune homme a en effet le défaut Luxure, et s’intéresse de très près aux femmes. Après avoir un peu lutté contre son penchant, il a fini par y céder – même si, bon Ange, il s’est toujours arrangé pour que ses désirs n’influent pas sur la réussite de ses missions.
Bien au courant de l’organisation des forces du Bien, il savait parfaitement que, malgré son excellente réputation, il était à la merci de la première enquête un peu poussée. Il s’est donc créé une seconde personnalité – au sens juridique et non psychologique du terme – avec de faux papiers, une fausse baraque… Sous le nom de Marc Signorelli, il a donc eu, au fil des années, de nombreuses liaisons avec de charmantes jeunes damoiselles. L’identité de Marc Signorelli lui a aussi servi, parfois, d’alias pour des missions. C’est d’ailleurs sous ce nom qu’il s’est introduit dans l’entourage de Maryam, la jeune chanteuse qui était supposée être sa future victime.
Plus subtil qu’il n’y parait, Serge (ou plutôt Marc) avait décidé d’enquêter avant de tuer; en premier lieu pour vérifier si Maryam était bien un Démon; en second lieu pour découvrir d’éventuels complices. Son enquête, qu’il a fort bien menée, lui a révélé que les forces du Bien s’étaient fourrées le doigt dans l’oeil jusqu’au nombril. Maryam n’était absolument pas un Démon, juste une jeune chanteuse un peu niaise. Par contre sa soeur aînée, qui jouait également le rôle de coach et d’attachée de presse, en était, elle, un beau; et un aux ordres d’Andrealphus, Prince- Démon du Sexe, pour tout arranger.
Paulette (c’est le nom du Démon) lui ayant fait des avances, sans bien sûr savoir que c’était un Ange, Serge s’est laissé tenter. Après tout, cela ne faisait pas vraiment grande différence de la tuer avant ou après… Croyait-il. Car en quelques (très chaudes) nuits, un déclic s’est produit. Les romantiques diront que Serge et Paulette sont tombés amoureux, les cyniques que Serge a compris qu’il ne trouverait jamais mieux pour chauffer son lit: quoi qu’il en soit, l’Ange a soudain perdu toute envie de tuer sa compagne et lui a fait l’aveu de son identité.
Serge est maintenant installé chez Paulette. Tous deux avaient décidé de fuir en Nouvelle-Zélande quand ils ont été contacté par Bernard Maure. Bernard Maure? Mais si, souvenez-vous! Le premier Ange sur lequel les personnages ont enquêté… Celui qui avait des yeux violets fluorescents et qui s’est réincarné dans un corps de femme. Bernard Maure, qui connaissait le petit défaut de Serge, venait lui proposer, dans son joli corps féminin tout neuf, de passer renégat et de disparaître lui aussi en utilisant la méthode Suicide Solution.
Il ne pouvait pas tomber mieux… Serge et Paulette ont sauté sur l’occasion et sont en train de préparer leur départ.

Où chercher ?

— Un premier coup d’oeil à l’appartement de Serge (un petit studio de célibataire dans un HLM) ne donnera rien – de toute manière, l’endroit a déjà été fouillé par les forces du Bien.
L’endroit est monastique (mur blanc, crucifix, Bible, batte de base-ball, bomber de rechange…), un peu trop, peut-être. Rien ne trahit une vie «privée»… Les voisins, concierge, etc., ne savent rien de plus que le maintenant classique «un jeune homme très bien, très poli, malgré ses cheveux un peu courts.
L’opinion générale est qu’il a dû partir en vacances…
— La seule manière de retrouver la trace de Serge est d’enquêter autour de Maryam. Maryam est une fille svelte et blonde de quatorze ans. Elle chante des tubes sirupeux depuis l’âge de onze ans, et cela fait maintenant un an qu’une chanson à succès (James le chauffeur) l’a propulsée au devant de la scène. Paulette, le Démon aux ordres d’Andrealphus et la soeur aînée de Maryam, a vite compris le parti qu’elle pouvait tirer du «talent» de sa soeur. Devenir riche, rencontrer des gens importants, pouvoir infiltrer le milieu du spectacle – déjà riche en Démons, d’ailleurs. Elle n’a pas de dessein particulier; de temps en temps sa hiérarchie lui donne des missions à accomplir, comme à vos personnages, et elle se sert de sa position d’attaché de presse pour les accomplir. Elle fait quand même un peu de mal par-ci par-là quand elle peut, les pulsions de la nature sont parfois insurmontables…
Son « travail » ne l’intéresse pas assez pour qu’elle ne soit pas attirée par l’idée de refaire sa vie ailleurs avec Serge… même si cela la rend renégate également; elle considère qu’avoir séduit un Ange et avoir assez de charme pour le garder près d’elle est un peu la victoire de sa carrière.

Piscine, pia pia et p’tites poulettes

Paulette veut garder un contrôle absolu sur les activités et l’esprit de Maryam. Elle a donc fait courir le bruit que sa soeur était de santé fragile. A part pour les enregistrements des disques et les concerts, les journalistes, sponsors et employés doivent se déplacer jusqu’à la propriété de Maryam (dans le sud de la France) pour la voir.


Cette propriété, une immense maison de trois étages avec un grand jardin, une piscine et un tennis est la propriété de Maryam, mais Paulette y dirige tout d’une main de fer. Elle y donne des fêtes permanentes et il y a toujours au moins, chaque nuit, une trentaine d’invités, journalistes, personnalités du showbusiness ou de la mode.
On y boit de l’alcool, on y consomme de la drogue, on «profite» des jeunes mannequins suédoises qui croient qu’elles amélioreront leur carrière en se laissant plus ou moins violer derrière les buissons par de vieux beaux gominés qui sont «quelque chose dans le monde de la télé»… Paulette y noue et dénoue ses intrigues, fait signer à Maryam des contrats de sponsoring ou de pub volumineux, prend une commission de 30% sur les sommes et gère elle-même les 70 autres pour cent.
Entrer dans la propriété ou, mieux encore, se faire inviter à une ou plusieurs soirées ne devrait pas être difficile… Marie-Joseph peut même leur fournir une fausse identité de journalistes. Dans tous les cas, leur arrivée va être marquée par un incident absolument indispensable au scénario.
La première fois qu’ils s’introduiront chez Paulette, par effraction ou en tant qu’invités, ils arriveront juste au moment où un employé est en train de raccompagner une invitée à la grille.
L’invitée est très belle, et les personnages ne pourront s’empêcher de la dévisager. Elle a un corps voluptueux habillé d’une robe légère et d’une cape de vison, et surtout des yeux magnifiques, violets d’une teinte étrange, presque fluorescents. Les personnages et la jeune femme échangeront un regard… puis elle s’engouffrera dans sa Mercedes, et partira vers d’autres aventures.
C’est tout ? C’est tout. Mais c’est très important, car les personnages viennent de croiser Bernard Maure, réincarné dans son corps féminin.
Il vient de finir d’organiser le double suicide de Serge et de Paulette, qui aura lieu dans quelques jours et ne remettra plus les pieds dans la propriété. Mais il est important que les personnages aient bien repéré ses beaux yeux… Espérons que cela leur dira quelque chose…
Sinon, les voilà partis pour enquêter dans la propriété de Maryam. Que peuvent-ils découvrir?
— Que Maryam est à moitié folle et vit dans une sorte d’univers irréel et cloisonné (Marilyn Monroe sans l’intelligence). Sa soeur, sous couvert d’antidépresseurs, la tient grâce à des médicaments un peu éloignée de la réalité.
— Que la propriété sert de refuge pour quelques jours à un groupe de hard rock (noyé parmi la trentaine d’invités), dont au moins deux des membres sont des Démons aux ordres de Furfur, Prince-Démon du hard core. Ces stars américaines de renommée internationale ont fait un peu trop de rififi là-bas, et des Anges américains enquêtent sur leur cas. Ils sont venus se calmer quelque temps en France.
Ils vomiront sur les moquettes, se drogueront jusqu’à ce que la poudre leur coule des narines, casseront la vaisselle et se battront dans les chambres.
Tout le monde trouvera cela très «in» et très mode. Un peu moins rigolo: très discrètement, car ils ne sont pas fous du tout, ils violeront puis tueront, au couvert de la nuit, deux des jolies mannequins suédoises. Ils couperont ensuite les corps en morceaux et les enterreront dans le jardin.
Si, pour une raison ou une autre, leur manège est exposé à la police – par les personnages, par exemple –, ils iront direct en prison, mais Paulette a assez de relations pour que la propriété et ses invités soient laissés en paix.
— Qu’aucun Serge Bayou ne semble être venu ici ces derniers temps. Par contre, s’ils montrent la photo à des employés de la propriété, ou s’ils en font une description très précise, certains reconnaîtront un charmant journaliste d’origine italienne, Marc Signorelli. Il est arrivé en tant qu’invité il y a dix jours. Il est décrit comme un joyeux luron, buvant beaucoup et draguant tout ce qu’il pouvait. Des rumeurs disent qu’il est devenu, pendant un moment, l’amant de la petite Maryam. Il est parti, diront les domestiques, dans la nuit du 19 au 20. Ou plutôt, il est sans doute parti, car comme le découvriront vite les personnages, personne ne l’a vu quitter la propriété.
Avec ce genre d’informations, les personnages vont sûrement se dire que Serge a été séduit puis tué par Maryam. Ce n’est évidemment pas le cas: Serge est parti discrètement dans la nuit du 19 au 20 s’installer dans un hôtel voisin en attendant les derniers préparatifs de Suicide Solution. Paulette va le voir très souvent. Avec ce genre d’informations, les personnages vont sûrement se dire que Serge a été séduit puis tué par Maryam. Ce n’est évidemment pas le cas: Serge est parti discrètement dans la nuit du 19 au 20 s’installer dans un hôtel voisin en attendant les derniers préparatifs de Suicide Solution. Paulette va le voir très souvent.

Comment en venir à soupçonner Paulette ?

Le fait que Paulette dirige tout ne cadre pas avec la théorie disant que Maryam est un Démon. De plus, la Démone est au centre de tout un réseau financier visiblement à son profit. Elle réussit (grâce à ses pouvoirs mentaux) à convaincre et à contrôler les gens… Les personnages peuvent même être témoins, sans s’en rendre compte, de l’utilisation d’un de ces pouvoirs.
D’une manière générale, les réactions à son sujet sont excessives: ou on l’adore, et c’est le cas de ses invités; ou on en a peur, et c’est le cas de tous ses employés de maison qu’elle terrorise.
Enfin, un truc très important: sur le bureau de Paulette, il y a une carte de visite de la société Security Service. (Paulette l’aurait bien entendu brûlée avant son suicide, mais les personnages la prennent de court.) Arrangez-vous pour que votre équipe tombe dessus.

A partir de là, deux solutions

Si Paulette repère les personnages la première – n’oubliez pas qu’elle est sur ses gardes, se doutant bien que des Anges vont venir à la recherche de Serge – elle téléphonera discrètement à des amis, deux Démons aux ordres de Baal et leur demandera de les éliminer. Si les personnages survivent, ils pourront, en en interrogeant un, ou grâce à un indice judicieusement placé, remonter jusqu’à Paulette.
Si les personnages repèrent Paulette les premiers, ils peuvent la suivre discrètement et remonter ainsi jusqu’à Marc, ou plutôt Serge, bien au chaud dans son hôtel.

Double suicide avec vrille

Paulette et Serge doivent se suicider un jour précis – disons, pour la beauté de la chose, que le jour prévu est celui où les personnages commenceront à la soupçonner. Eh oui, encore de la triche!
Le plan prévu est le suivant: Serge et Paulette veulent faire croire que, déchirés entre l’amour et la loyauté pour leur camp, ils ont décidé de se suicider. Pour cela, Serge a préparé une lettre qu’il compte envoyer à sa hiérarchie, du genre: «Je l’aime et je sais que je ne dois pas, aussi ai-je choisi la mort…», et Paulette a préparé l’équivalent pour la hiérarchie démoniaque.
Si les personnages arrivent à retrouver Serge, Paulette ou les deux, ceux-ci décideront de se suicider aussitôt. Les personnages, un peu hallucinés, les verront donc porter le revolver à leur tête… tirer, et disparaître. Ils retrouveront les lettres prêtes à être envoyées.
S’ils ne trouvent rien, au bout de quelques jours Serge et Paulette mettront leur plan à exécution. Comme il n’y aura, évidemment, pas de corps, la seule preuve de leur suicide sera la lettre reçue par Notre-Dame le lendemain, et qui mettra fin à l’enquête.

La morale de cette histoire


Un peu comme dans le cas de Bernard Maure, cette mini-enquête paraît résolue… mais laisse tout de même un petit goût bizarre dans la bouche. Ce double suicide par amour est un peu «trop beau» pour être vrai. Et puis il y a les yeux violets fluorescents de la jeune femme à la Mercedes (comme Bernard Maure.
Mais il est mort! Et c’était un homme!) et la carte de Security Service, la même carte que chez Werther Glibbons, il y a bien longtemps, à Hartford.
Que faire ? Rien… Ou plutôt, passer au chapitre suivant.

Suspicions à Notre-Dame

Tout ce qui se passe dans cette troisième partie est à intégrer entre les enquêtes de la partie précédente. En fait tous les événements que nous allons décrire arrivent sur «fond» de la recherche des quatre Anges disparus.

Et hop, un intermède à la Rambo

Alors qu’ils nagent dans leurs enquêtes, les personnages sont convoqués d’extrême urgence, séance tenante, là, maintenant tout de suite à Notre-Dame, avec armes et bagages et ce de façon tout à fait officielle à l’aide d’un message du même nom.
C’est assez rare pour qu’ils réagissent avec célérité et c’est donc avec une certaine impatience qu’ils seront attendus à la cathédrale. Ils ne devraient pas avoir de problème à trouver le lieu de réunion, c’est-à-dire la grande salle de conférence, l’une des plus prestigieuses salles de briefing de Notre-Dame.
Là, sont réunies trois autres équipes d’Anges, du même genre que celle des personnages.
Trois équipes, cela représente quinze personnages qui vont accompagner nos Anges dans les heures qui suivent. Pour des raisons de place, nous ne pouvons pas les détailler. Il est pourtant important que certains d’entre eux soient caractérisés par des traits physiques, que ce soit des limitations ou autres choses. Et pourquoi? Uniquement pour que les personnages se rendent compte que ce sont bien les PNJ qui les accompagnaient qui tombent comme des mouches autour d’eux, une fois la mission belle et bien terminée.
Quand toutes les équipes sont là, Philippe Pernoud se lève et se présente. A côté de lui se trouve un petit homme sec, vêtu entièrement de noir comme un clergyman, une mallette en cuir à la main, de petites lunettes cerclées de fer sur le nez et l’air pas sympa.
«Messieurs, commence Pernoud, nettement moins affable que d’habitude. Nos services de renseignements ont repéré une forte concentration de Démons. Il nous faut agir vite. Si nous prenons le temps de réunir une vraie task force, les forces du Mal risquent de se volatiliser. Nous sommes le bras du Seigneur, il nous guidera dans notre foi. Nous allons donc intervenir, et pas plus tard que maintenant. Et pour nous assister dans notre effort, Dominique, Archange de la Justice (il désigne le clergyman) est descendu parmi nous. Vous êtes tous à présent détachés sous mes ordres exclusifs et j’entends être respecté.»
En principe, à ces mots, tous les personnages qui souffrent d’une petite limitation devraient serrer les fesses: Dominique est connu pour son intégrisme sans frontière et il va falloir faire bonne impression.
Une fois monté dans des vans, deux pour les quatre équipes d’Anges et une voiture supplémentaire pour Dominique et Pernoud, tout ce petit monde se dirigera vers le Bourget et plus précisément vers un ancien hangar de montage d’avions, aujourd’hui désaffecté.

Piège à quoi ?

Vous l’aurez deviné, toute l’opération est un piège conçu avec amour par Philippe Pernoud. Les sorciers de Suicide Solution sont prêts à invoquer l’âme de Dominique… il suffit maintenant que le corps humain de celui-ci se fasse tuer.
C’est pour cela qu’avec l’aide d’un des Démons renégats de Suicide Solution, Grö Syrill, il a monté de toutes pièces cette petite sauterie. Grö Syrill, un ancien Démon de Grade 3 aux ordres de Baal, a réuni une petite armée – une vingtaine de Démons et autant de familiers – dans le hangar et ses alentours. Les Démons, ne sachant pas qu’ils ont affaire à un renégat, lui obéissent au doigt et à l’oeil, l’énorme aura de Grö Syrill leur paraissant une garantie suffisante.
Philippe Pernoud sait parfaitement que la puissance réelle d’un Archange est beaucoup plus importante que ce qui est inscrit dans son dossier de presse (sa fiche de caractéristiques que l’on trouve dans les règles, ou dans le Scriptarium Veritas). Un Archange peut virtuellement utiliser n’importe quel pouvoir, même si celui-ci n’est pas marqué sur sa fiche.
Mais tous les pouvoirs du monde n’empêchent pas d’être pris par surprise. Et s’il est réellement surpris, Dominique n’aura pas le temps de se protéger. Il suffira donc de taper vite et très fort pour le révoquer. A ce moment, ce sera aux sorciers d’agir.
Le hangar est construit au milieu d’une étendue désertique, enfin presque puisqu’on a qu’à se baisser pour ramasser toutes sortes d’objets contondants, des tiges de métal rouillées et tordues aux gravats de béton armé. Quelques pylônes sont, de-ci de-là, abattus, bref c’est un hangar comme on en voit tant.
Et comme un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, référez- vous au plan, vous verrez que le hangar ressemble par certains côtés à une arène. Cela a d’ailleurs son importance. Pour la gestion du combat, utilisez des Démons types, tels que ceux fournis dans les règles. Le but n’est pas de tuer les personnages, mais de les impressionner, de faire monter la pression du combat jusqu’à l’apothéose: la rencontre entre Dominique et Grö Syrill.

Ce qui va se passer

L’attaque sera rondement menée. Les Anges, conduits par Dominique et Pernoud, arrivent aux abords du hangar, essuient quelques attaques des familiers, et perdent l’avantage de la surprise. Le moral est au beau fixe et c’est au moment de pénétrer par la grande porte, une porte suffisamment grande pour faire passer un avion, que Pernoud donnera un ordre un peu bizarre: «Vous par ici, vous par là!» Il séparera les groupes et les enverra tous sur les côtés du hangar, afin de prendre les escaliers extérieurs et de monter par cette voie sur les passerelles qui doivent correspondre à l’intérieur, ceci dans le but de surprendre encore plus les Démons.
Dominique et Pernoud entreront eux, seuls, par la grande porte. Bien sûr, il n’y a pas moyen de contester les ordres, surtout devant un Archange, mais même sans talent tactique, quand il n’y a plus d’éléments de surprise, on se doute que mieux vaut encore charger.

Et c’est là qu’est le piège. Evidemment, Pernoud sait ce qui les attend derrière la porte, en l’occurrence Grö Syrill. Les équipes atteignent la passerelle, se battant pied à pied contre les Démons (laissez vos joueurs se défouler)… et, jetant un coup d’oeil en bas, assistent à un spectacle épouvantable. (Attention, ça ne va pas durer longtemps et si les PJ traînent, ils devront se faire raconter la suite.)
Au sol, à plus de 15 mètres en contrebas, Philippe Pernoud et Dominique sont en train de se battre contre un Démon, tout de pierre recouvert, et qui frappe comme un sourd, armé d’une tronçonneuse démesurée vert pomme. Sa cible est visiblement Dominique, et Pernoud ne fait rien, paraissant pétrifié d’horreur… Dominique en appelle au Jugement de Dieu… mais le temps que l’épée mobile apparaisse, le Démon, en trois attaques dans le même tour de jeu (tronçonneuse, feu et acide), fait disparaître l’Archange.
Une fois Dominique disparu, Philippe Pernoud se ressaisit, attaque à son tour, en faisant appel au Jugement de Dieu et avec l’aide des équipes d’Anges, il finira par venir à bout de Grö Syrill et de ses Démons.

L’ombre d’un doute

Après ce petit intermède, les personnages se retrouvent chez Marie-Joseph. Comme tout le service, celle-ci est choquée, abattue par la mort de Dominique. Non que cela soit grave: l’Archange réapparaîtra dans les vingt-quatre heures.
Mais c’est l’orgueil qui est atteint.
Se faire descendre comme cela par un vulgaire Démon… Marie- Joseph en est tellement frappée qu’elle ne pensera même pas, pour une fois, à accuser Philippe Pernoud d’incompétence.
Elle poussera les personnages à reprendre leurs enquêtes.
C’est alors que l’ambiance va commencer à se dégrader.
Il va en effet se passer, toujours pendant que vos Anges accomplissent leurs missions, deux choses très particulières:
— l’Archange Dominique ne va pas réapparaître;
— tous les Anges qui ont participé à l’attaque au cours de laquelle Dominique s’est fait tuer vont se faire descendre, un à un.
Commençons par le commencement: vingt-quatre heures s’écoulent, puis quarante-huit, et Dominique ne réapparaît pas. Ni au Paradis, ni sur Terre. L’information est aussitôt classée secret défense.
L’atmosphère à Notre-Dame devient sinistre. Les employés du service de Dominique sont blêmes et silencieux. Les Anges des autres services ne comprennent pas ce qui se passe, mais sentent bien qu’il y a un problème. Certains en parleront aux personnages à la cafétéria…
Puis, dans les jours qui suivent, les Anges qui ont participé à l’attaque du hangar se font, un par un, descendre. Pourquoi ?


Parce qu’ils sont les seuls témoins de la mort de Dominique. Et qu’ils ont vu, du moins certains, que Philippe Pernoud n’a pas fait un geste pour sauver son Archange. Il n’a réagi que quand celui-ci a été mort, et bien mort… Philippe n’a pas envie que des rumeurs se mettent à courir. Aussi a-t-il demandé à des Démons de Suicide Solution de faire peu à peu disparaître les témoins…
Le premier assassinat, les personnages l’apprendront par hasard, par un collègue de Marie-Joseph. «Et, vous savez, Machin? Il s’est fait cartonner par deux Démons, il parait…» Le second, ils l’apprendront par un des Anges qui était à l’attaque, en train de se soûler la gueule à la vodka – il a assisté à la mort de son collègue, mais n’a rien pu faire car il était trop loin. Il a été tué par un homme en costume noir qui a craché du feu…
Puis, le prochain Ange attaqué sera un des personnages. Prenez un Démon de Baal de puissance normale dans les règles, et jouez l’attaque.
Un quatrième Ange (PNJ) sera ensuite tué. Marie-Joseph, la puce à l’oreille, va alors réagir. Une réunion avec Philippe Pernoud, les personnages et les Anges encore vivants ayant participé à l’opération est organisée.
Deux Anges raconteront avoir, eux aussi, échappé de justesse à une attaque. Il semble évident qu’il y a un problème. Philippe Pernoud, très politicien, affirmera que la situation est intolérable, promettra de lancer ses meilleurs éléments sur l’enquête afin de comprendre ce qui se passe, et affirmera qu’en attendant, il va envoyer un Ange de combat protéger chacun des survivants.
Laissez ensuite vos personnages finir les enquêtes sur les disparitions. Puis faites-les réattaquer, deux fois, par des Démons de plus en plus puissants… sans que les Anges de combat promis par Philippe n’aient montré le bout de leur nez.
Marie-Joseph, constatant alors que l’enquête soi-disant menée par Philippe Pernoud n’avance pas, va de nouveau convoquer les personnages.
C’est le moment de réfléchir. Elle pense qu’il y a quelque chose de louche, mais elle ne sait pas très bien quoi. Elle va raconter aux personnages tout ce qu’elle sait, c’est-à-dire que l’âme de Dominique n’est pas réapparue, et que Philippe Pernoud, à son grand regret, est pressenti pour lui succéder. Puis, revenant à l’affaire du hangar: «Tous ceux qui ont participé à cette attaque se font éliminer. Réfléchissez bien: est-ce que vous n’avez rien vu, rien remarqué de particulier?»
Un indice important: par curiosité, après les missions des personnages, Marie-Joseph a demandé à l’administration du Bien de vérifier si les âmes de Bernard Maure et de Serge Bayou étaient bien arrivées En Haut. Ce n’est pas le cas. Ces deux âmes ne sont jamais retournées au Paradis. Disparues dans le néant, comme celle de Dominique.
«Il n’y a qu’un sorcier qui puisse détourner une âme: en l’invoquant, ajoute-t-elle. Vous n’avez pas rencontré un sorcier, récemment?»
Laissez un certain temps aux personnages afin qu’ils réfléchissent et qu’ils avancent le plus loin possible dans leurs conclusions. Peu à peu, un schéma va peut-être naître dans leurs esprits…

Comment devenir renégat en une leçon

Qu’ils commencent à avoir une petite idée ou pas, de toute manière, les événements vont les rattraper.
Trois jours plus tard, en effet, les personnages se retrouvent – encore – dans le bureau de Marie-Joseph. Celle-ci est accompagnée d’un homme grand, à l’air patibulaire, un peu Karl Lagerfeld en plus laid et plus costaud. Il se présente: Emmanuel Tourque, au service de Joseph, Archange de l’Inquisition.
Emmanuel raconte qu’il y a quelques mois, il a mené une enquête sur Werther Glibbons, un sorcier, et son organisation, dénommée Suicide Solution. Ayant bien avancé, il avait remis l’enquête entre les mains de Philippe Pernoud… Et il n’en a plus jamais entendu parler. Le témoignage des personnages ne fera que le conforter dans sa crainte d’une traîtrise, car s’ils affirment avoir arrêté Werther Glibbons à Hartford et l’avoir remis à Philippe Pernoud, en tous les cas, ce sorcier, à Notre-Dame, personne n’en a jamais vu la couleur!
Emmanuel explique aux personnages, rapidement, le principe de Suicide Solution, dont le nom d’emprunt est Security Society. Il pense qu’il y a un rapport entre cette organisation et la disparition de Dominique, et que Philippe Pernoud a monté le coup, avec la complicité de Werther Glibbons.
Il ne peut cependant rien prouver, et Philippe, qui a pris virtuellement la place de Dominique (déjà!) ne peut justement pas être accusé sans preuves.
«Une seule solution, dit Emmanuel (que l’idée de faire tomber un puissant Ange de Dominique semble enchanter): que vous vous fassiez passer pour des renégats, pour pouvoir infiltrer Suicide Solution.» Il continue, sous l’oeil effaré des personnages: «Aussi, à partir de cet instant précis, vous êtes des renégats. En tant que membre angélique de la Sainte Inquisition, je vous accuse formellement tous de haute trahison envers Dieu le Père – je n’entrerai pas dans les détails de peur de vous ennuyer – et pour corser le tout, je rajoute que je viens avec horreur d’être témoin du viol collectif que vous venez d’effectuer, devant nous, voilà maintenant 34 secondes, sur une religieuse mineure de quatorze ans, soeur Marie des Abeilles. Vous êtes témoin, n’estce pas, Marie-Joseph?»
Il continue, sans attendre de réponse: «Je vous donne cinq minutes d’avance, et je vous envoie aux trousses un squad d’Anges de Laurent, pour faire plus vrai. Ils ne seront pas, évidemment, au courant de la supercherie, et je crains fort qu’ils n’essayent de vous tuer… Voici une carte de Security Society (avec un numéro de téléphone, mais pas d’adresse). Vous n’avez qu’à leur téléphoner en disant que vous avez compris ce qu’ils faisaient en enquêtant sur la disparition de Serge Bayou, que vous êtes des renégats en danger de mort, et que vous avez besoin de leur aide. On verra bien ce qui se passera. Appelez-moi dès que vous aurez trouvé quelque chose d’intéressant. Allez, hop, chronomètre. Top. 1,2,3…»

Courir, vite

Les personnages vont commencer à courir. Et ils auront raison, car Emmanuel ne leur donnera finalement que trois minutes d’avance – pour faire encore plus vrai.
Le squad qu’il lancera à leur poursuite sera composé de trois Anges au service de Laurent, au look imperméable Burberry’s, cheveux blonds coupés en brosse et rangers. Improvisez alors une course infernale. Trichez afin que pendant une demi-journée infernale, les Anges du squad soient vraiment pied à pied avec les personnages. Cavalcades dans le métro, courses de voitures, bagarre dans un terrain vague… Qu’importe le réalisme, ce qui compte, c’est de refaire «la scène de poursuite» de tous les bons films, et spécialement de Diva de Beinex, où le héros est poursuivi impitoyablement par les méchants tueurs qui surgissent à chaque coin de rue, quoi qu’il fasse…
Au bout de quelques heures de cauchemar, les personnages réussiront enfin (soit qu’ils aient semé leurs poursuivants, soit qu’ils les aient tués) à avoir un peu de calme. Il est temps de donner le fameux coup de fil à Security Society.
Dring… au bout de quelques interminables sonneries, une voix de femme fait «Allô ?». Elle écoutera ensuite les explications embarrassées des personnages, puis dira «Je ne comprends pas du tout ce que vous voulez dire», avant de leur raccrocher au nez.
Deuxième appel… même jeu, sauf qu’avant de raccrocher, la fille leur dira de rappeler deux heures plus tard.
Deux heures plus tard, c’est une autre voix de femme qui leur répond. La mystérieuse interlocutrice écoutera leur histoire (ils ont intérêt à être convaincants), et leur donnera, comme à regret, rendez-vous dans un salon privé de l’hôtel Méridien.
L’heure du rendez-vous arrive: personne. Finalement, avec bien trois quarts d’heure de retard, une très belle femme aux yeux violets fluorescents entre dans le petit salon. C’est «Bernadette» Maure, la femme qu’ils ont aperçue quand ils étaient à la recherche de Serge Bayou…
De nouveau, les personnages devront être très persuasifs. Bernadette – qui je vous le rappelle est Bernard Maure dans son nouveau corps – les écoutera avec un grand sourire… puis dira qu’elle a ses espions à Notre-Dame (son contact, c’est Philippe lui-même) et qu’elle a en effet appris qu’ils étaient activement recherchés. Leur histoire semble crédible. Elle leur expliquera ensuite le mode d’emploi de Suicide Solution.
«Vous devez nous faire totalement confiance. Nous allons trouver de nouveaux corps, dans un endroit que vous ne connaissez pas. Nous vous demanderons alors de mourir, et de mourir devant des témoins des forces du Bien afin qu’elles ne fassent pas de recherches ultérieures. Puis nous allons incarner vos âmes dans vos nouveaux corps. Ainsi, vous renaîtrez… libres de toute attache.
Pour cela, il faut que vous nous donniez vos véritables noms (chaque Ange a un nom d’Ange qu’il est le seul à savoir) pour que nous puissions vous invoquer. Nous ne vous demandons pas d’argent. Juste des informations et un service… qui n’est pas encore déterminé.»
Les personnages acceptent (ou sortent de ce scénario et restent renégats toute leur vie). Bernadette les contactera trois jours plus tard, leur demandant de mourir – devant des témoins des forces du Bien – dans les quarante-huit heures.
Il y a de nombreux moyens de mourir. Pour avoir des témoins des forces du Bien, le mieux est de se faire tuer par les forces du Bien; il suffit pour cela que les personnages retournent chez eux, dans leurs appartements, qui sont bien entendu ultra-surveillés par les squads qui sont à leur recherche. Là, ils n’ont qu’à rentrer dans le chou du premier Ange de Laurent qui leur ordonnera de se rendre…
Un coup d’épée ou de hache, un éclair… et c’est le grand trou noir.

L’hacienda «Mon séjour»

Les personnages se réveillent. Il fait agréablement chaud. Un ventilateur émet un petit bruit familier et rassurant. Dehors, le vent agite des palmiers sous un ciel bleu azur. Ils sont allongés, chacun dans une chambre particulière, dans des lits aux draps blancs.
Et ils ne sont pas dans leurs corps.
A vous de refaire pour eux de nouvelles enveloppes corporelles.
Evidemment, il est tentant de faire des petits gags, comme changer les hommes en femmes et vice versa, choisir un corps maigre et à lunettes pour un Ange au service de Michel… mais n’oubliez pas que ces nouveaux corps, ils devront les garder, car leurs anciens ont disparu pour de bon. Autant que les nouveaux ne leur déplaisent pas trop…
Un serveur en smoking blanc frappe à leur porte. «M. Glibbons vous attend en bas pour le déjeuner» dit-il. Ils descendent un grand escalier en marbre du plus mauvais goût. Une très belle table est dressée. Werther Glibbons, qu’ils ne connaissent, hélas, que trop bien (mais qui lui n’a aucune raison de les reconnaître sous leurs nouvelles apparences), se lève pour les accueillir.
«Bienvenue au Paraguay, mes amis…»
C’est dans l’est du Paraguay qu’est construite l’hacienda Mon Séjour, le Q.G. de Suicide Solution. Une région douce et chaleureuse que l’on pourrait presque comparer à la Suisse, si ce n’est qu’à la place des montagnes il y a des jungles ou des plaines vallonnées et boisées; qu’à la place du lac Léman il y a les affluents des fleuves Paraguay et Parana; et qu’à la place du gruyère il y a les anciens nazis, qui sont d’ailleurs de moins en moins, mais de là à les traiter de race en voie de disparition et de les faire protéger, il y a des limites.
La situation géographique de la propriété, loin de tout et au centre de la jungle, n’est pas idéale pour les personnages. Elle l’est par contre pour Werther, qui apprécie le calme et la paix. C’est à cause du passé accueillant du Paraguay – en France chaque placard recèle un amant, au Paraguay chaque placard recèle son uniforme de parade SS – que Suicide Solution s’est installé dans ce beau pays.
La société a acheté et investi une ancienne propriété appartenant à un vieux monsieur très gentil et au fort accent germanique, qui avait déjà effectué tous les travaux: barbelés électrifiés clôturant entièrement l’hacienda, miradors de surveillance, chenils, système de sécurité vidéo, installation complète d’émission et de réception radio-télé-satellite, palmiers; tout pour le confort et la tranquillité. Le vieux monsieur ayant été appelé pour régler quelques affaires en cours en Israël, tout était libre et ne valait plus qu’une bouchée de pain quand Suicide Solution a demandé à acquérir l’hacienda.
Les derniers travaux, très récents, consistent en un enclos spécialement protégé, à l’abri des regards et un peu à l’écart, dans lequel une tortue géante gardée dans une sorte de coma profond repose sur un pentacle. L’enclos, qui fait dans les 100 m2, est protégé en permanence par huit gardes armés du type Roberto Da Costa (voir les caractéristiques).
Le reste de la troupe, une quarantaine d’hommes, s’occupent de la surveillance de la propriété et de son bon fonctionnement.
C’est là, dans cette ambiance «paradisiaque», que se reposent un temps les Anges et les Démons renégats qui viennent d’arriver. Werther Glibbons leur demande de raconter tout ce qu’ils savent des forces du Bien, ou du Mal, et les laisse ensuite partir en leur précisant bien de prendre contact tous les trois mois, pour que la société puisse à tout moment leur demander le «service» qui est le paiement du transfert. Rien n’oblige les renégats à tenir parole, allez-vous me dire? Mais si: car s’ils disparaissent dans la nature, Werther donnera, anonymement bien sûr, la description de leur nouveau corps au service de Dominique ou d’Andromalius lancé à leur recherche.
Et de quels services s’agit-il? Werther ne le sait pas encore très bien lui-même. Son but est de devenir, dans les quinze ans qui viennent, Premier Ministre du Royaume-Uni. Il compte, bien sûr, se servir de ses pouvoirs pour être sûr de réussir dans sa carrière politique: le réseau d’Anges ou de Démons qu’il aura créé lui servira alors selon les circonstances…

La vraie nature de Dominique

Les deux autres sorciers étant pour l’instant absents (leur recherche pouvant faire l’objet d’une suite à ce scénario), l’hacienda est occupée par: Werther Glibbons et ses deux protégés, un Ange et un Démon (reprendre les caractéristiques de David et Cassandra, qui sont de nouveau au service de Werther, mais incarnés dans d’autres corps); Paulette et Serge, respectivement dans le corps d’une magnifique métisse et d’un Japonais très musclé; une dizaine d’autres Anges et Démons renégats de diverses apparences (amusez-vous à créer des personnalités et des looks bizarres ou originaux); une dizaine de superbes callgirls engagées par Werther; une trentaine de gardes armés (type Roberto Da Costa); et une dizaine d’employés de maison. Tout cela dans une espèce d’ambiance de fête permanente, avec l’alcool qui coule à flots et des soirées qui ne se finissent pas avant 6 heures du matin.


Werther utilisera les premières heures d’arrivée des personnages à collecter le plus d’informations possibles sur l’organisation des forces du Bien. Description de Notre-Dame, informations sur les Archanges, sur le déroulement des missions… là encore, Werther n’a pas de but précis, pensant seulement, et sans doute à juste titre, que les informations de ce type sont rares et précieuses et qu’elles lui serviront bien un jour à quelque chose.
Il demandera aussi aux personnages s’ils connaissent des vrais noms d’Anges ou de Démons. Les personnages n’ont normalement aucune raison d’en connaître, et espérons que si tel est le cas, ils ne le diraient pas à un sorcier.
Ensuite, Werther leur fournira des faux papiers et un peu d’argent (l’équivalent de 10 000 francs). Ils sont cependant les invités de l’hacienda pendant quelques semaines, s’ils le désirent. Piscine, palmiers, miradors… que faire? Mais essayer de découvrir ce qui est arrivé à Dominique!
Si les personnages fouillent le bureau de Werther, ils trouveront dans son carnet d’adresses (et de son écriture) le numéro de téléphone personnel de Philippe Pernoud. A garder comme preuve. Dans un coin, une lettre adressée à Werther explique que comme prévu, le corps d’accueil choisi pour l’Archange sera déposé dans un pentacle, dans l’enclos au sud de l’hacienda pour pouvoir être gardé plus facilement.
Les personnages devront s’arranger pour, discrètement, voir ce qu’il y a à l’intérieur de cet enclos qui est, rappelons-le, l’endroit le mieux gardé de la propriété. Et qu’apercevront-ils, après avoir pris mille précautions? Un pentacle et une tortue géante dans un coma profond…
Cette tortue, c’est… Dominique. Non, ce n’est pas une blague! Werther a en effet réussi à coincer l’âme de l’Archange dans ce corps inintelligent et dont l’espérance de vie est très longue. Le but n’est-il pas de garder l’Archange le plus longtemps possible?

Quelques fins possibles

Il faut maintenant que les personnages s’échappent de l’hacienda et délivrent Dominique. Toutes les possibilités sont offertes: tenter de s’enfuir en catimini en volant des véhicules, de l’eau et de l’essence (attention à la poursuite); mettre le feu à l’hacienda, foncer dans le tas des invités et des gardes… Il suffit en tout cas – espérons que les personnages y penseront – de tuer la tortue pour que l’âme de Dominique remonte au Paradis directement; ce qui ne résout pas le problème des personnages toujours coincés parmi leurs ennemis.
Il y a une installation radio dans l’hacienda – faites-le bien remarquer à vos Anges. La solution la plus grand spectacle serait, bien sûr, qu’ils appellent par radio des forces du Bien à la rescousse… Celles-ci enverraient alors quelques centaines de soldats de Dieu aéroportés (originaires du Paraguay, pas importés de France) et ce scénario se finirait dans une orgie de sang et de feu, les renégats périssant dans un enfer terrestre avant de se retrouver en enfer tout court… Une fin morale, séduisante, et où vous ne lésinerez pas sur les effets spéciaux…

La morale de cette histoire

Vingt-quatre heures plus tard, Dominique reprend sa place d’Archange de la Justice. Elle s’exercera en premier sur ce traître de Philippe, qui ira rôtir au Paradis pendant quelques centaines de milliers d’années.
Les personnages bénéficieront d’une victoire totale. Marie- Joseph gagnera quelques échelons dans la hiérarchie de l’administration angélique et sera une alliée encore plus précieuse. Quant à Dominique, il considérera avec bienveillance son équipe de libérateurs.

Et s’ils ont échoué ?

Les personnages seront, dans ce cas, renégats ou morts… Pour ne pas changer le background du monde d’In Nomine Satanis/Magna Veritas, on considérera qu’une autre équipe d’Anges parviendra, quelques semaines plus tard, à délivrer Dominique et que tout reprendra son cours normal. Tout le monde n’est pas incompétent, heureusement…

GE Ranne
illustration: Igor Chevalier
plan: Cyrille Daujean

LE CAST DE CETTE TOUCHANTE AVENTURE

Philippe Pernoud


Ange au service de Dominique de Grade 3
Gouverneur de Paris – Notre - Dame
Fo3 Vo5 Ag3 Pe3 Pr3 Ap3 PP45
Talents: Discussion +2,
Esquive +1, Stratégie +2, Séduction +2, Roublardise +2, Ambition mégalo +3.
Pouvoirs: Eclair +1 (121), Eau bénite +2 (124), Peur +2 (134), Armure +1 (211), Immunité aux maladies et aux poisons +1 (212), Volonté supra normale +2 (221), Régénération +0 (226), Invisibilité +1 (261), Polymorphe +0 (266), Détection du Mal +2 (311), Psychométrie +2 (312), Mensonge +2 (316), Dialogue mental +2 (322), Lire les pensées +2 (323), Téléportation +1 (331), Mégalomanie (633), Jugement +3 (Spécial).

Werther Glibbons, sorcier britannique


Fo1 Vo4 Ag1 Pe2 Pr2 Ap2
Talents: Lecture +2, Ecriture +2, Pentacle +2, Invocation +2, Demande +2, Discussion +2, Séduction +2, Français +1, Médecine +2, Chirurgie +2, Enchanté de faire votre connaissance +1, Que faitesvous ce soir +2.
Sorts: Pentacle, Invocation; Demande, pour un Démon, un Ange, un Prince-Démon et un Archange.
Equipement: Cassandra et David.

Cassandra, petite fille blonde de 8 ans

Démon aux ordres de Samigina lié à Werther Glibbons
Fo3 Vo4 Ag3 Pe2 Pr2 Ap4 PP18
Talents: Esquive +1, Discrétion +2, Corps à corps +2, Sucer (le sang) +2.
Pouvoirs: Dents +1 (111), Griffes +0 (113), Charme +0 (131), Peur +1 (134), Douleur (166), Forme gazeuse +1 (263), Détection de l’invisible +0 (313), Vol +0 (332), Croix (641), Baiser vampirique +1 (Spécial).

David, petit garçon brun de 9 ans

Ange au service de Daniel lié à Werther Glibbons
Fo5 Vo4 Ag5 Pr2 Pe3 Ap2 PP14
Talents: Corps à corps +2, Esquive +2, Arme de contact +0.
Pouvoirs: Attaques multiples +1 (113), Armure +1 (211), Passemuraille +0 (335), Volonté +0 (353), Arme de contact bénite +0 (poing américain – 411), Accès de Colère (665), Chair en pierre +1 (Spécial).

Marie-Joseph Maillapartir


Ange au service de Dominique de Grade 2
Fo2 Vo5 Ag4 Pe3 Pr3 Ap3 PP26
Talents: Discussion +2, Esquive +1, Stratégie +2, Intello +2.
Pouvoirs: Eau bénite +1 (124), Peur +0 (134), Armure +0 (211), Volonté supra normale +1 (221), Invisibilité +0 (261), Polymorphe +1 (266), Détection du Mal +1 (311), Psychométrie +1 (312), Mensonge +1 (316), Lire les pensées +2 (323), Intégrisme (656), Jugement +1 (Spécial).

Bernadette Maure, charmante jeune fille aux yeux violets un peu fluo

Ange renégat anciennement au service de Janus
Fo2 Vo4 Ag4 Pe3 Pr3 Ap4 PP23
Talents: Crochetage +2, Esquive +2, Manipulation +2, Baratin +1, Discussion +1.
Pouvoirs: Charme +1 (131), Volonté supra normale +0 (221), Non-détection (222), Invisibilité +0 (261), Forme gazeuse +0 (263), Polymorphe +1 (266), Détection du Mal +1 (311), Psychométrie +0 (312), Détection du danger +0 (315), Lire les pensées +1 (323), Passe-muraille +0 (335), Couleur des yeux (violets fluo – 624), Ouverture +2 (Spécial).

Thérèse Chapuis

Ange au service de Didier
Fo3 Vo4 Ag3 Pe4 Pr2 Ap4 PP15
Talents: Arme de poing +1, Esquive +1, Danse +1, Baratin +0, Discussion +0.
Pouvoirs: Coma +0 (136), Charme +1 (161), Polymorphe +0 (266), Télépathie +0 (321), Dialogue mental +0 (322), Rêve +0 (325), Téléportation +0 (331), Contrôle des humains +0 (361), Gourmandise (664), Message officiel (Spécial).

Grégory de Bock

Ange au service de Novalis
Fo2 Vo5 Ag3 Pe3 Pr3 Ap2 PP15
Talents: Esquive +1, Danse +1, Chant +1, Lancer +2, Elever de l’herbe +2, Faire pousser des chèvres +2, Fumer le calumet de la paix +3, Prôner la légalisation des drogues douces +1.
Pouvoirs: Amour +0 (143), Gentillesse +0 (144), Calme +0 (166), Pas de nourriture (215), Caméléon (262), Rêve +1 (325), Contrôle des insectes +0 (364), Paresse (661), Pollen (Spécial).

Serge Bayou

Ange au service de Laurent
Fo4 Vo4 Ag4 Pe3 Pr3 Ap2 PP25
Talents: Esquive +2, Baratin +2, Discussion +2, Séduction +2, Arme de contact lourde +3.
Pouvoirs: Eclair +1 (121), Absorption de la colère +1 (145), Armure +2 (211), Immunité au feu (213), Volonté supra normale +2 (221), Non-détection (222), Polymorphe +0 (266), Danger +0 (315), Combat (346), Arme de contact bénite (hache d’incendie, puissance majorée +3 – 411), Luxure (663), Juste Lame +3 (Spécial).

Paulette

Démon aux ordres d’Andrealphus
Fo3 Vo4 Ag3 Pe2 Pr2 Ap4 PP25
Talents: Séduction +2, Esquive +2, Corps à corps +2, Faire des choses et des machins dont personne n’avait eu l’idée avant mais qui sont vachement agréables +3.
Pouvoirs: Griffes +0 (113), Charme +2 (131), Sommeil +0 (132), Absorption d’énergie sexuelle +2 (143), Acide +1 (165), Invisibilité +1 (261), Polymorphe +1 (266), Lire les sentiments +0 (324), Cauchemar +0 (326), Bond +1 (333), Orgasme mortel +2 (Spécial).

Grö «Dominik Killer» Siryll

Démon renégat anciennement aux Ordres de Baal
Fo6 Vo2 Ag4 Pr3 Pe2 AP1 PP38
Talents: Esquive +2, Course +2, Acrobatie +1, Arme de contact lourde +3, Corps à corps +2.
Pouvoirs: Dents +2 (111, grandes), Griffes +2 (113, grandes), Feu +3 (121), Acide +3 (126), Poison (sur les dents) +2 (161), Acide (sur les griffes) +2 (165), Armure +3 (211), Volonté supra normale +0 (221), Non-détection (222), Vitesse +2 (334), Combat (346), Force (351), Arme de contact maudite (tronçonneuse vert pomme, puissance totale +7 – 411), Art de combat +2 (Spécial).
Petit problème d’arithmétique : calculez combien de dommages peut infliger Grö Syrill en un tour de jeu avec ses trois attaques.
Réponse : trop, surtout pour un Archange qui ne s’y attend pas.

Quelques Démons génériques

Piochez dans ce lot de Démons «de base» pour les innombrables autres PNJ de ce scénario…

Trokon, Démon aux ordres de Baal

Fo3 Vo2 Ag4 Pr2 Pe2 Ap5 PP23
Talents: Esquive +2, Course +2, Arme de contact lourde +2.
Pouvoirs: Dents +1 (111, grandes), Griffes +2 (113, grandes), Acide +2 (126), Poison +2 (161), Armure +1 (211), Volonté supra normale +0 (221), Vitesse +2 (334), Arme de contact maudite (Hallebarde – 411), Art de combat +2 (Spécial).

Sakaï, Démon aux ordres de Crocell

Fo4 Vo2 Ag4 Pr4 Pe2 Ap2 PP18
Talents: Arme de contact +2, Esquive +2, Corps à corps +1.
Pouvoirs: Glace +2 (122), Paralysie +0 (135), Armure +2 (211), Immunité au froid (214), Glace +2 (252), Vitesse +0(334), Arme de contact maudite (pic à glace – 411), Monomaniaque (construction d’un bonhomme de neige – 634), Froid +1 (Spécial).

Oralceks, Démon aux ordres de Furfur

Fo5 Vo3 Ag4 Pe1 Pr2 Ap4 PP22
Talents: Esquive +2, Corps à corps +2, Acrobatie +1, Chanter (mal) +1, Jeter des pianos par la fenêtre +1, Annuler des concerts sur un coup de gueule +3.
Pouvoirs: Griffes +1 (113), Onde de choc +1 (124), Charme +0 (131), Energie sexuelle +1 (143), Folie (154), Armure +1 (211), Rock Star (232), Champ magnétique (254), Bond +2 (333), Mégalomanie (633), Suicide +2 (Spécial).

Oscar, Démon aux ordres de Ouikka

Fo4 Vo2 Ag4 Pe3 Pr4 Ap2 PP18
Talents: Esquive +2, Corps à corps +2, Course +2, Arme de poing +2, Explosifs +2.
Pouvoirs: Onde de choc +1 (124), Armure +1 (211), Volonté supra normale +1 (221), Invisibilité +0 (261), Détection du danger +2 (315), Vol +2 (332), Augmentation permanente d’Agilité (353), Arme maudite (Colt 45 chromé – 411), Disparition (Spécial).

Roberto Da Costa

Garde typique de l’hacienda Mon Séjour
Fo2 Vo2 Ag1 Pe2 Pr2 Ap2
Talents: Esquive +0, Corps à corps +1, Arme +1, Véhicule +0, Allemand +1, Espagnol (langue natale) +2, Lever le bras droit dans un réflexe conditionné en beuglant comme un taré +1.
Equipement: lunettes noires, costume croisé même s’il fait très chaud, une paire de jumelles pour surveiller les environs du haut de son mirador, un talkie-walkie en bandoulière ainsi qu’une arme d’épaule, type AK47, Uzi ou M16, au choix.
Il porte sous sa veste une grosse arme de poing, pistolet ou revolver mais de très fort calibre, et dans sa botte, un couteau de type Rambo.